Récit de l’UTMB 2004

Arnaud Coudray, Joël Jung, Etienne Fert

 

Coureurs : Etienne Fert, Joël Jung, Arnaud Coudray

 

Support moral et PC course : Vittoria (femme de Joël), Claire (fille de Vittoria et Joël) et aussi toutes les personnes qui ont suivi à distance la progression des coureurs pendant la course grâce au suivi live du site web.

 

365 jours, une année entière à attendre pour avoir de nouveau l’opportunité de se mesurer à l’Ultra Trail du Mont Blanc. Bref retour en arrière, fin Août 2003, après un été caniculaire, le temps se dégrade soudain et transforme la première édition de l’UTMB en une épreuve contre les éléments dont seuls 65 héros finiront vainqueurs à Chamonix. Joël et Etienne présents lors de cette première édition ont tous les deux dû renoncer, à Courmayeur sur blessure pour Joël, et à Champex dans un état d’épuisement avancé pour Etienne. Tout de suite après la course, même avec le souvenir frais de ce qui a fini par être un enfer, mûrit l’idée de revenir en 2004, pour voir le massif par beau temps et se guérir de cette frustration d’un rêve inabouti. Arnaud mis en confiance par un entraînement multi-sports de 48h dans les Vosges, où les sections CAP se sont bien déroulées, décide de prendre lui aussi part à cette aventure.

Mais au fait, c’est quoi l’UTMB ? L’ultra-trail est le plus difficile d’Europe, et on ne pourrait pas compter plus de cinq trails d’une difficulté équivalente dans le monde. C’est surtout une course qui emprunte le mythique GR du Tour du Mont Blanc avec ses formidables paysages et ses vues sur le massif le plus haut d’Europe. En chiffres, c’est 155km pour 8500m de dénivelé positif d’un parcours qui culmine à 2537 mètres et traverse trois pays : la France, l’Italie et la Suisse. Première difficulté du parcours, son dénivelé positif bien sûr, mais c’est dans les descentes qu’on peut tout perdre, se blesser ou tout simplement se dégrader musculairement. Et il ne faut pas oublier les nombreuses phases de faux plat d’un parcours qui tout en étant un vrai parcours de montagne n’en est pas moins roulant sur de longues sections. Il faut donc trouver les ressources physiques et morales dans ces passages pour relancer et courir, même d’une petite foulée.

 

 

 

La préparation

 

Pendant quelques mois avant sa course, chacun se prépare au mieux en fonction des circonstances, de ses contraintes et de ses envies.

Joël, avant tout spécialiste de VTT a axé la première partie de sa saison sur le raid Valence Gap tout en conservant un fond de CAP. A l’approche de l’objectif, il remet l’accent sur la CAP en cherchant au maximum à faire du dénivelé dans la région parisienne : côte de la Revanche, sorties en vallée de Chevreuse et sentier des 25 bosses, avec un maintien de ses sorties en VTT, ce qui lui permet de ménager son moral peu enclin aux nombreuses séances CAP tout en travaillant bien le cardio-vasculaire. Au final, une préparation qui lui aura permis d’atteindre un de ses meilleurs niveaux en CAP. Seule faiblesse, malgré des séances de musculation appropriées et quelques jours de montagne dans les Vosges, peu d’entraînement dans des montées et descentes longues. Il lui faudra être particulièrement prudent dans les descentes pour éviter la mésaventure de l’année précédente. L’objectif avant cette course est clair : aller jusqu’à Champex. Pour la suite, on verra …

Arnaud a lui aussi conservé beaucoup d’entraînement VTT pour cet objectif (il fallait bien étrenner son tout nouveau VTT de folie J ). Mais tout de même beaucoup de séances CAP sur le plat  et en montée à Montmartre ou à la Revanche. Le dénivelé en montagne manquait cruellement à ce programme. La prise de conscience a eu lieu dans la douleur lors de l’entraînement monté par Etienne : le GR54 du Tour de l’Oisans en 4 jours. Au bout de la 1ère journée, il avait les jambes explosées ! (merci Etienne !!) A 3 semaines de l’épreuve, ça fait un peu peur. Mais ces 4 jours en Oisans ont été primordiaux dans sa préparation, lui permettant de bien régler son rythme de course et de renforcer sa résistance musculaire au niveau des jambes en descente. Avec une préparation complétée par quelques exercices de musculation ensuite (merci Yannick et Sophie), il arrive plutôt en forme à Chamonix, mais avec cette énorme appréhension de reproduire le schéma connu en Oisans, soit une explosion des jambes après 4000+. L’objectif est clair : ne pas partir trop vite, pour atteindre les 110km, et alors peut-être repartir vers Chamonix, si la forme est là. En courant avec Joël aussi longtemps que possible, le temps devrait passer assez vite, et ils devraient mieux contrôler leur rythme en vue de cet objectif commun.

Etienne, plus spécialisé dans la CAP, a d’abord axé son début de saison sur une préparation de sorties longues pour la Mauritanienne Race 200. Ensuite, bénéficiant de quelques mois de vacances suite à son départ de Philips, il a beaucoup vadrouillé dans les montagnes françaises ou suisses et fait un trek en Islande en autonomie, avec un gros sac qui a permis un renforcement musculaire. Au total, pas loin de 40000 mètres de dénivelé positif souvent en haute altitude agrémenté de quelques sorties vélo dans les Alpes. Seul danger de cette activité frénétique en montagne, le coup de fatigue qui pourrait entraîner une blessure. Après une alerte sérieuse lors du trail du Grand Duc de la Chartreuse, il s’est refait une santé pour faire culminer son entraînement lors de la sortie en Oisans, pleinement rassurante. C’est donc relativement confiant qu’il arrive à Chamonix mais, n’oubliant pas la difficulté d’une telle épreuve, il reste très prudent. L’objectif incontournable est avant tout de boucler le tour sachant qu’un temps autour de 35 heures le satisferait pleinement.

 

La semaine d’avant-course

 

Règle d’or dans les deux semaines qui précédent un tel événement, faire du jus, baisser sérieusement l’entraînement pour ne pratiquement rien faire dans la dernière semaine et surtout éviter tout effort traumatisant pour les jambes. A Paris, Arnaud, obsédé par la nécessité d’économiser ses forces, se ménage dans les escaliers du métro. D’autant plus qu’il lui fallait courir le tout Paris pour trouver tous les petits trucs oubliés : barres de céréales, bouteilles de St Yorre, bidon bretelle sac à dos,… Débutant ou non sur ce genre de course, on se doit de ne négliger aucun détail. Chaque élément mis dans le sac à dos ou déposé dans les sacs portés par l’organisation à Courmayeur et Champex doit être sérieusement étudié. Optimiser le poids bien sûr mais s’assurer d’avoir toujours les vêtements adéquats quelles que soient les conditions météorologiques. Bien choisir son sac à dos. Prévoir ces éléments en fonction de ses temps de passage prévus. Avoir un éclairage adapté, en particulier pour les descentes de nuit. Prévoir le nécessaire pour se refaire une santé à Courmayeur et Champex : vêtements, pommade, et éventuellement médicaments. Compter sur les ravitaillements de l’organisation mais aussi anticiper les lacunes et prévoir différents cas de figure en fonction de son appétit ou de l’état de son estomac. L’expérience de l’année précédente est précieuse mais il faut aussi s’adapter aux conditions météorologiques qui seront très différentes. Autre élément essentiel pour le moral, le lecteur MP3 pour se passer de la musique ou, pour Etienne, écouter la radio. Un superbe outil dans les moments difficiles pour s’évader de la difficulté de l’effort qui finit par être obsédante. Bref, le stress de la course qui arrive avec cette réflexion perpétuelle occupe beaucoup l’esprit pendant les jours qui précédent la course. Pour se délivrer de la peur d’oublier quelque chose, Joël et Etienne font même une check-list pour être sûrs de ne rien oublier.

Enfin, le départ pour Chamonix est une sorte de délivrance. Joel, Vittoria, Claire et Etienne partent le Mercredi en voiture et Arnaud les rejoint le lendemain en train où il a déjà rencontré d’autres coureurs, une bonne façon de se mettre dans le bain et d’échanger quelques informations. Tout ce petit monde est basé dans un charmant chalet à Chamonix avec une superbe vue sur le Mont Blanc (merci Joël pour l’organisation). Jeudi, le temps est assez maussade mais les prévisions restent optimistes à partir du lendemain. Donc, les sacs sont remplis avec l’hypothèse qui se vérifiera d’un superbe temps pour toute la course. Toutes les occupations pendant ces deux jours sont tournées vers la course. Dormir au maximum en prévision des deux nuits blanches qu’il faudra passer. Manger de grosses rations de sucres lents. En passant, le blé aura montré une étonnante capacité à décupler de volume après cuisson et il faudra plusieurs tournées et réchauffages au micro-onde pour en venir à bout. Après la réflexion conceptuelle sur les sacs, il faut maintenant passer à la pratique et faire les derniers choix pour les divers sacs. Arnaud, avec l’équipement nécessaire pour bien passer en montagne (non, le coupe-vent du marathon de La Rochelle ne fait pas vraiment le poids), doit se résoudre à prendre son sac de 30L, bien sûr un peu plus encombrant mais assez confortable. Après comparaison, les trois sacs font chacun à peu près 3kg sans compter 1,5 L d’eau.

Les seules sorties pendant ces deux jours sont consacrées à aller chercher les dossards et au briefing de la course qui a lieu vendredi quelques heures avant le départ. Un comble, le vendredi après-midi est consacré à une sieste alors qu’il fait un temps superbe dehors.

 

Un mélange de décontraction, de concentration et de nervosité plane dans l’air. Il tarde à chacun de se lancer enfin dans l’aventure, pour être enfin dans la montagne, dans son effort et tout simplement se faire plaisir. Enfin, l’heure d’aller se positionner sur la ligne de départ arrive. Par hasard, nous rencontrons Irina qui nous a accompagnés sur le tour de l’Oisans et qui fait la course avec son compagnon, Patrice Mayet. Quinze minutes avant le départ, les coureurs se massent sur la ligne de départ. Peu soucieux de se positionner en tête puisque nous allons tous partir sur un rythme tranquille, nous nous contentons de patienter avec Vittoria et Claire à l’autre bout de la place. Les dernières minutes avant de plonger dans l’inconnu paraissent longues. Nous sommes impatients de partir, de nous mesurer à la bête.

Comme un avant goût de tout le parcours, nous avons une superbe vue sur le Mont Blanc, d’autant plus que le jour déclinant apporte différentes nuances de couleurs au fil des minutes.

 

Et pan le départ est donné avec la musique de Christophe Colomb en fond.

 

Tronçon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Chamonix – Les Houches

8.3

103

145

8.3

103

145

 

Un départ en douceur, un petit échauffement dans la vallée de Chamonix, ce tronçon permet de se mettre gentiment en jambes et aussi de continuer à admirer le Mont Blanc qui vire à l’orange avant d’entrer dans la nuit. Nous démarrons en marche lente avant d’atteindre la ligne de départ, le temps que la masse des coureurs s’étire dans les rues de Chamonix, sous les encouragements et les applaudissements des supporters rassemblés pour l’occasion. Un départ qui vous donne la pêche d’autant qu’on perçoit dans l’attitude des spectateurs une compréhension du défi qui nous attend. Les organisateurs ont visiblement fait un bon travail de communication pour que la vallée vive aussi cet événement sportif. Comme prévu Joël et Arnaud partent ensembles et se font même un petit plaisir en doublant Etienne. Après une portion de bitume, le parcours rejoint un sentier légèrement vallonné. A la faveur d’une petite montée, Etienne repasse devant eux et ils ne se reverront plus jusqu’à Chamonix. Etienne bien que restant très prudent part sur un rythme un poil plus élevé, toujours avec l’espoir de finir en 35 heures. D’autres concurrents visiblement peu conscients des difficultés qui les attendent semblent déjà forcer sur la machine. Peut-être ont-ils simplement déjà décidé de s’arrêter à Courmayeur.

Au fil des kilomètres, les positions se stabilisent et nous sommes tous les trois plutôt en fin de peloton. Rien de grave, la course n’est même pas vraiment commencée. Nous sommes simplement heureux d’être dans le vif du sujet et la tension s’apaise enfin.

 

Tronçon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Les Houches – Col de la Voza

4.7

660

0

13

763

145

 

Aux Houches, nous faisons un dernier petit coucou à Vittoria et Claire avant qu’elles nous laissent pour la nuit. Après un départ digne du marathon de Paris, le premier ravitaillement des Houches n’est pas en reste. C’est un peu la ruée mais ayant fait des réserves, nous zappons ce ravito pour nous engager dans la première vraie montée du parcours, le col de la Voza. C’est le moment de sortir les bâtons, et ce jusqu’à la fin de la course, et de se mettre dans le bon rythme pour ne pas gaspiller ses forces. Etienne utilise son cardio-fréquence mètre pour se stabiliser au environ de 130 puls/m en mettant une alerte à 140. Ce système s’avérera très efficace pour éviter les petites surchauffes qu’on ne contrôle peut-être pas. Joël impose un rythme à Arnaud sur son feeling. La montée est assez régulière et, bien qu’ayant eu l’impression de monter assez lentement, nous arrivons au col dans les mêmes temps qu’en 2003, probablement le signe d’une bonne forme. 

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Col de la Voza – Contamines

11.3

283

815

24.3

1046

960

 

Au col, le ravitaillement est encore bien encombré et nous ne nous éternisons pas avant de nous élancer dans la descente douce. La mésaventure de l’année passée est bien dans l’esprit de Joël qui est très prudent dans la descente et ne se laisse pas impressionner par les nombreux coureurs qui le dépassent. Le moral des troupes est bon, aidé par la discussion pour Joël et Arnaud. La foule des coureurs est encore compacte et il faudra encore attendre une trentaine de kilomètres avant de trouver un peu de tranquillité. Première conséquence de cette foule, quelques bouchons se créent dans les petites descentes et montées qui précédent Les Contamines. Etienne arrive aux Contamines dans une ambiance de fête à 0h03 et Arnaud et Joël à 0h21. Après être passé devant la poêle à frire qui permet de relever les passages, il faut se frayer un chemin dans la foule pour aller chercher le ravitaillement liquide ou solide désiré. Mieux vaut donc ne pas s’éterniser non plus à ce ravitaillement.  

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Contamines – Chapieux

18

1358

930

42.3

2404

1890


Après une petite descente pour rejoindre le fond de la vallée, nous entamons une des portions de faux plat du parcours qui fait 4 kms. C’est l’occasion de se détendre tranquillement les jambes en trottinant avant la première grosse difficulté du parcours, la montée à la Croix du Bonhomme. Etienne, dans le début de la montée a un petit coup de barre : un début d’envie de dormir, une petite nausée probablement due aux aliments très sucrés ingérés depuis le départ et un petit coup de froid. Un bon café, quelques aliments salés et le coupe-vent enfilé lui permettent de se remettre assez rapidement et de se faire plaisir dans cette montée tout en ménageant ses efforts. L’ambiance est étonnante au milieu de tous ces coureurs : une longue file de lampes frontales s’étire au dessus et en dessous et la lune qui commence à se lever au dessus des montagnes, tout cela dans cette atmosphère de haute montagne participe au sentiment de vivre un moment exceptionnel et inoubliable. Joël et Arnaud montent tranquillement et apprécient aussi l’instant. Arnaud est essentiellement concentré sur son rythme et en oublie presque où il se situe sur le parcours. Une fois de plus, ça se confirme, la course est vraiment une drogue, et avec l’euphorie de l’altitude … Au sommet de la Croix du Bonhomme à 2479 mètres, il faut reprendre ses esprits pour s’engager dans la descente boueuse, glissante, parfois inondée d’eau et en somme assez technique qui suit. L’utilisation des bâtons est primordiale pour éviter les chutes et ménager ses muscles. Avec la nuit c’est un parcours de funambule où on peut gagner ou perdre beaucoup de temps. L’important est de descendre à sa main sans se crisper et sans risquer de se faire mal. A ce petit jeu, avec une petite habitude on peut dépasser de nombreux coureurs désemparés. Arnaud fait une petite chute, heureusement sans gravité. Joël en profite pour faire le petit coup de pub du phare Silva : c’est vrai que l’on voit comme en plein jour ! Malgré cette aide non négligeable dans ces chemins difficiles, ils restent prudents d’autant qu’ils gardent une bonne marge de 30’-1h par rapport à l’horaire qui doit leur permettre d’arriver à Courmayeur vers 11h. Etienne arrive aux Chapieux à 3h59 ; Joël et Arnaud à 5h02.

L’organisation du ravitaillement est assez catastrophique, probablement parce que l’afflux des coureurs désirant rester un peu plus longtemps n’a pas été anticipé. Il est même assez difficile de trouver de l’eau, élément pourtant essentiel dans un ravito. Malgré tout de nombreux aliments ou liquides sont à notre disposition et on peut y trouver son bonheur. Joël croise Patrick Hameau (un équipier du raid28 2003) avec lequel il échange quelques mots.  

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Chapieux – Courmayeur

28.1

1427

1766

70.4

3831

3656

Sortis de ce capharnaüm, nous retrouvons tout de suite le calme de la montagne, d’autant que les coureurs sont maintenant bien espacés.  Le parcours se poursuit sur une petite route goudronnée de montagne jusqu’à Ville des Glaciers, 4 kms de montée relativement douce mais où il est difficile de courir sans se mettre dans le rouge. Alors, il faut prendre son mal en patience, marcher et attendre un sentier moins monotone. A ce moment, Etienne refait de nouveau face à une attaque d’envie de sommeil. A partir de ce moment, il attendra avec impatience le retour du soleil qui l’éloigne toujours de cette envie et lui redonnera le moral. Heureusement, la montée vers le col de la Seigne est fascinante. Le fil des lampes frontales est un peu moins continu mais toujours impressionnant tandis que la lune se couche tranquillement pour laisser la place au soleil. L’impression est fantastique en arrivant au sommet du col dans les premières lueurs du jour. Un grand moment d’euphorie pendant lequel on oublie la course pour simplement vivre l’instant sublime.

Pour Arnaud, tout va bien, les montées et descentes s’enchaînent jusqu’au lever du jour en conservant le même rythme lent pour arriver avec 3 heures d’avance sur la barrière horaire à Courmayeur. Il ne trouve pas la nuit très froide (deux couches, Odlo + polaire sont suffisantes) mais le lever du soleil est le bienvenu pour réchauffer l’atmosphère et le moral. Vers 7 heures, un petit coup de barre lié au manque de sommeil passe rapidement mais un vrai repos, sera sans doute nécessaire pour affronter la deuxième nuit, peut-être à Courmayeur.

 

 

 

Joël commence, lui, à éprouver plus de difficultés à suivre le rythme d’Arnaud qui le décroche un peu et l’attend au sommet du col. Ils retrouvent Patrick Hameau, parti plus vite aux Chapieux avec lequel ils feront une partie de la route jusqu’à Courmayeur.

Le jour s’étant maintenant levé, la descente jusqu’au refuge Elisabetha, prochain ravitaillement est plus facile d’autant que la vue sur le côté italien du massif est grandiose. Le ravitaillement est plus tranquille. Les coureurs sont maintenant bien marqués par cette nuit et la nervosité a disparu pour laisser la place à une attitude plus zen au moment de se ravitailler. On voit déjà certains coureurs s’asseoir pour récupérer. En tout cas, on apprécie la très bonne soupe au vermicelle, le coca de préférence coupé d’un peu d’eau, le pain et aussi le cake. Joël, avec son estomac en béton armé, se délecte des délicieuses portions de fromage et de saucisson.

Après une courte portion de plat où Etienne apprécie de pouvoir courir et se décontracter les jambes, il faut remonter 400m de dénivelé vers l’arête du mont Favre.

 

 

 

Une bande de basques visiblement en pleine bourre le dépassent. Mais jusqu’où iront-ils à ce rythme ? Après vérification, ils se sont arrêtés à Champex. Passé ce col, il ne reste plus qu’une longue descente vers Courmayeur mais il faut rester sage car la deuxième partie est particulièrement raide et éprouvante pour les muscles. Au col Chécroui, Etienne voit Michel Poletti, l’emblématique organisateur de la course. Oui, il participe aussi et profite des ravitos pour se mettre un peu au parfum de l’avancement de la course et pour remercier les bénévoles. C’est une surprise de retrouver ici le dossard 17 qui indique sa très bonne place de finisher en 2003. Michel n’est probablement pas au mieux de sa forme et c’est inutile de l’interpeller sur ce sujet. Après le col Chécroui, c’est une véritable plongée vers Courmayeur qu’on voit en contrebas, la descente a été modifiée par rapport à 2003 mais reste exigeante musculairement. Enfin, de retour sur du bitume, Etienne aperçoit Vittoria et Claire qui attendent nos arrivées. Une impression de retrouver la civilisation et le monde après cette nuit loin de tout. Rapide échange de mots : oui, ça va très bien, je suis frais. Non je ne sais pas où sont Joël et Arnaud parce que le portable ne passait pas dans la montagne. Un petit salut et c’est reparti vers le ravitaillement tout proche auquel il parvient à 9h20. Un retard d’1h30 par rapport à 2003 qui s’explique par une plus grande prudence et aussi par la nuit qui ralenti significativement. En revanche, au niveau de la forme physique tout va bien.

Au même moment, Joël et Arnaud sont dans la montée de l’arête du Mont Favre. Joël a de nouveau des difficultés à suivre le rythme d’Arnaud mais le retrouve au sommet. Arnaud part dans la descente un peu plus vite, pressé d’arriver à Courmayeur, il n’a plus de bretzels !! En fait, il veut tout simplement respecter l’objectif qui est d’arriver à Courmayeur vers 11h. Joël est prudent dans cette descente qu’il appréhende parce qu’elle a été un vrai chemin de croix pour lui en 2003. Patrick Hameau rattrape Joël puis Arnaud dans cette descente. Ils se voient pour la dernière fois. Patrick abandonnera bien plus tard à La Fouly.

Arnaud arrive à Courmayeur à 11h19. Il voit aussi Vittoria et Claire, manifestement déçue ne pas voir son papa avec Arnaud qui en est désolé et qui a un petit remord, mais c’est la course … Joël est de toute façon assez près et arrive 20 minutes plus tard et retrouve à sa grande joie Vittoria et Claire qui font 500m de course avec lui. Claire, du haut de ses 4an ½ : lui demande : Papa, tu as couru toute la nuit, pourquoi ? Euh, je t’expliquerai plus tard, c’est pas fini.

Quand Joël rejoint Arnaud, il est en train de manger sous le soleil : agréable mais pas très malin ! Le soleil est maintenant plus haut dans l’horizon et commence à chauffer sérieusement. La pause à l’ombre est donc plus recommandable.

Chacun vaque aux occupations de règle à cette première grosse étape du parcours : changement de vêtements, étirements, bouffe salée, … Malgré une course prudente, Joël se sent un plus marqué qu’il ne l’aurait souhaité.  D’autant qu’il connaît la règle de ces épreuves d’ultra : la course commence véritablement à la moitié du parcours, donc après Courmayeur, la véritable mi-course étant d’ailleurs plutôt située à Lavachey, 12 kilomètres plus loin. N’étant pas encore prêt, Joël recommande à Arnaud de partir. Il pense ne pas le revoir pendant la course, ce qui s’avérera vrai.

 

 

Temps de passage à Courmayeur (km 70) :

Nom

Prenom

Voza

Conta

Bonhom

Chap

Favre

Courm

FERT

Etienne

V-22:17

S-00:03

S-03:09

S-03:59

S-08:01

S-09:20

COUDRAY

Arnaud

V-22:21

S-00:21

S-03:53

S-05:02

S-09:47

S-11:19

JUNG

Joël

V-22:21

S-00:21

S-03:53

S-05:02

S-09:49

S-11:38

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Courmayeur – Lavachey

12.6

1111

631

83

4942

4287

 

Etienne a fait un arrêt court mais efficace à Courmayeur : changement de vêtements, pommades, quelques étirements, ravitaillement, crème anti-solaire, sparadrap pour protéger les cicatrices du soleil, remplissage des réservoirs d’eau, … Après moins de 30 minutes d’arrêt, il repart tranquillement dans Courmayeur. Une curieuse  traversée: un passage dans un parking souterrain et surtout, chose inhabituelle sur ce parcours où tous les passants nous encouragent, une indifférence totale des passants. Peu importe, il faut maintenant rester concentré sur le tronçon qui suit et qui est un point névralgique au milieu de la course. La montée au refuge Bertone est sur le papier très difficile : 765m à monter en 3,4 kilomètres. C’est ici que l’on peut tout perdre ou tout gagner. Si la montée se passe bien, on repart le moral regonflé vers la suite du parcours et si elle est difficile, la quantité des difficultés restantes attaque sérieusement le moral. Ici, nombreux sont ceux qui se persuadent qu’ils vont arriver et nombreux sont ceux dans la tête desquels l’idée d’abandon va faire son nid. Pour Etienne, les conditions sont plutôt favorables : avec l’heure matinale, la chaleur est très supportable, surtout avec maintenant un équipement plus estival. Le chemin est ombragé et surtout la forme est toujours au rendez-vous. Alors, finalement, cette montée tant redoutée est avalée sur un rythme toujours prudent mais soutenu pour arriver au refuge à 11h05. Le parcours en balcon qui suit est de toute beauté avec une vue splendide vers le massif du Mont Blanc. Malgré une bonne gestion de l’effort, les jambes commencent tout de même à être un peu lourdes et il faut se motiver pour continuer à trottiner allègrement sur ce sentier. Quelques petites montées sont là pour briser la monotonie et les quelques randonneurs croisés ne sont pas avares d’encouragements admiratifs, toujours très bons pour le moral. Enfin, le chemin redescend vers Lavachey où nous retrouvons le parcours dans la vallée et peu enthousiasmant de 2003. Au ravitaillement, il aperçoit Irina assise sur une chaise et visiblement dépitée. Handicapée par des maux d’estomac depuis hier, elle ne peut pas se ravitailler depuis le départ. Seule l’eau claire passe. Sans carburant, la course devient très difficile et, lente en montée, elle ne peut plus courir ni sur le plat ni en descente. Elle commence à se faire à l’idée d’abandonner, ce qu’elle fera un peu plus tard. Quand la course n’est plus qu’un chemin ininterrompu de douleurs sans aucun plaisir, l’abandon est souvent la meilleure solution, même si c’est un traumatisme dont on met quelque temps à se remettre. Etienne profite d’un petit arrêt pour échanger quelques mots avant de repartir vers la seconde moitié de la course. A peu près 17 heures de course de passé et il en reste autant.

 

 

  Sans avoir dormi et après un bon repas, Arnaud est reparti de Courmayeur vers 12h, résigné mais inquiet de continuer sa route seul. Le rythme très raisonnable adopté sur la première partie porte ses fruits: la forme est bonne dans la côte assez raide vers le refuge Bertone et il double des petits groupes de temps en temps. Il fait maintenant sacrément chaud et le sel est le bienvenu pour compléter l’hydratation. La gourde d’eau salée est en revanche imbuvable (c’est pas bon !), et est rapidement vidée pour ne pas porter des réserves inutiles. Son hydratation se fait avec de l’eau claire, l’apport énergétique étant assuré par des barres et diverses friandises (fruits secs, bretzels, noix de cajou, lait concentré sucré, compotes,…). Il arrive au refuge Bertone à 13h37 et ne reste que quelques minutes au ravitaillement de Bertone, malgré l’accueil charmant des bénévoles.

Après un petit coup de blues à Courmayeur, Joël se rassure dans la montée au refuge. Il fait chaud et il aime ça. Un petit air de fête dans cette montée, qui sur le papier promettait d’être impressionnante. Après Bertone, franchi à 14h19, il sort son lecteur MP3 et c’est la fête dans la montagne. Des ailes lui poussent grâce à Massimo Gargia, au soldat Moralès ou encore à Beyoncé. Il chante à tue tête ce qui ne semble pas être du goût de tout le monde malgré sa très belle voix J… Grâce à ce dopant sonore, le moral est remonté à bloc et le physique suit, il se sent voler sur cet UTMB.

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Lavachey –Grand col Ferret

7.2

847

0

90.2

5789

4287

Après Lavachey, nous avons de nouveau droit à un peu de bitume en faux plat montant. Difficile pour Etienne de courir à ce moment mais c’est aussi un bon moment pour se ménager aussi bien moralement que physiquement avant d’affronter le col le plus haut du parcours, le Grand Col Ferret à 2537m. Après un début de montée très raide, l’’arrivée au refuge  Elena à 13h52 est la bienvenue. Une bonne pause avant de repartir vers les derniers 500m de dénivelé. Il faut maintenant gérer le début d’une fatigue bien normale, la chaleur maintenant et enfin l’altitude qui rend les efforts plus difficiles. Quelques coureurs sur le ravitaillement trouvent ce cocktail trop carabiné et envisagent l’abandon. Après 45 minutes d’effort difficile, c’est le bonheur et aussi un certain soulagement d’arriver au col pour découvrir le versant Suisse.

 

Et surtout après ces 19 heures de course bien gérées, c’est le sentiment profond que maintenant plus rien ne pourra l’empêcher d’arriver à Chamonix et de boucler ce tour mythique. Alors, forcément, l’euphorie monte, même si beaucoup d’efforts restent à venir. Ce mélange de joie et d’angoisse en pensant aux efforts restant est très émouvant et les larmes montent aux yeux. Jusqu’à Chamonix, la sensation de difficulté physique accompagnée de la grande joie d’être en passe de réussir cette course et de vivre des moments exceptionnels amènera souvent cette forte émotion.

Arnaud, après Bertone, fait un bout de route avec un espagnol, très sympa. On est en plein après-midi, sous un soleil de plomb et l’hydratation doit être régulière. Sur la fin de la montée vers le col Ferret, il commence à accuser un peu le coup et finit plus doucement. Une bonne petite pause au col à 17h15 pour manger quelques bretzels (…miam !) et il s’engage doucement dans la descente. Il se fait donc reprendre par quelques personnes doublées précédemment, mais c’est un point essentiel pour réussir dans ce genre de course d’accepter les coups de barre momentanés et de ralentir pour laisser son corps récupérer.

 

Joël est dans la montée au refuge Elena où le moral flanche quelque peu. Massimo, vient à son secours !! Mais ça commence à bien faire cette histoire, en plus ça fait mal aux pieds. Une fois la poile à frire passée à 17h34, il s’allonge à 3 mètres des pointeurs. Le moral revient vite en entendant 1 arrivant sur 3 demander où est le bus pour le retour à Courmayeur ! Le malheur des uns fait le bonheur des autres et il ne lui en faut pas plus pour repartir de plus belle à l’assaut du col Ferret, juste après s’être goinfré de fromage local et de saucisson aux noisettes (il en restait encore un peu, bien qu’Etienne était déjà passé par là J ), avec comme boisson de l’Isostar rouge année 2004. Remonté par ces dopants, il arrive au col à 18h54.

Note de l’éditeur de ce texte : je respecte les contributions de mes collègues mais je dois ici rectifier une vérité historique. Non, je ne pouvais tout simplement pas liquider le stock de saucisson puisque je n’en mange pratiquement jamais pendant une course. Les lecteurs apprécieront eux-mêmes grâce à ce texte qui devrait visiblement avoir le titre de grand mangeur de saucisson.

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Grand Col Ferret – Champex

26.2

462

1459

116.4

6251

5946

 

Le début de la descente vers Ferret est roulant et c’est l’occasion de dérouler tranquillement pour ménager les jambes déjà bien fatiguées tout en appréciant le paysage. En 2003, les conditions étaient terribles à cet endroit : une descente boueuse dans la nuit, la pluie et le brouillard. Après une fin de descente plus raide, c’est un long faux plat toujours descendant jusqu’au début de la montée à Champex. Les Suisses rencontrés au fil du chemin sont aussi chaleureux que leurs collègues Italiens et Français. Toujours un grand réconfort. Au ravitaillement de la Fouly à 16h08, les bénévoles sont vraiment aux petits soins. Etienne s’assoit pour récupérer de la descente et tout de suite les denrées demandées arrivent : coca, soupe, gâteau, … Avec un estomac souvent récalcitrant après 10 heures d’effort, l’alimentation commence à être difficile mais il arrive à ingérer tout de même le minimum pour avoir l’énergie nécessaire à cette course. Néanmoins, cette alimentation sur le fil du rasoir entraîne parfois des mini coups de pompes. Il fait une bonne pause avant de se lancer dans le tronçon la Fouly – Champex qui avait été terrible l’année dernière dans le froid et la pluie. 4h45 en 2003 pour ces 17kms et 400m de dénivelé alors il veut prendre sa revanche sur cet enfer. Parti prudemment pour digérer tranquillement le ravitaillement, il se remet à trottiner. Pas vraiment agréable cette course, mais ça déroule pas trop mal et le temps passe vite sur ce chemin en balcon. Il trouve un belge au moral vacillant qui l’accompagne jusqu’au ravitaillement de Praz de Fort. Là encore, dorlotés, ils repartent ensembles mais le compagnon ayant trouvé un compatriote le suit à plus grande vitesse. Tant pis, de toute façon le moral est bon alors Etienne reste à son rythme imperturbablement. Très vite le début de la montée vers Champex arrive. Son parcours est déjà bien meilleur qu’en 2003 mais cette montée avait été horrible. Cette fois, c’est tranquillement que la montée est avalée avec la grande joie de la revanche prise sur 2003. De plus, vu son état de forme, l’arrivée à Chamonix est maintenant sûre et aucune question ne se posera pour le départ à Champex. Pour couronner le tout, peu avant Champex, il rattrape et dépasse tranquillement en courant les deux belges partis plus vite après Praz le Fort, un grand sourire aux lèvres. Pas méchant mais ça fait quand même plaisir J. Au tournant avant le point de ravitaillement, un Suisse célébrant chaque arrivée, souffle dans un cor de chasse. Une marque d’attention appréciée à sa juste valeur. Etienne arrive à 19h28 à Champex, 3h15 après être parti de La Fouly et surtout après 24  heures de course, pile dans les temps pour son objectif de 35 heures.

Revenons à la progression d’Arnaud, dans la descente du Grand Col Ferret, les jambes commencent à être marquées, mais il se sent toujours bien. Arrivé à La Fouly à 18h56, il ne s’éternise pas au ravitaillement et accélère un peu le pas. Il est alors dans un petit groupe de coureurs rassemblés pour une cause commune : avancer ! L’ambiance est plutôt sympathique, et ça tombe bien, car en cette fin de journée, il commence à trouver le temps un peu long. Mais dans sa tête, il n’est pas loin de boucler la deuxième section à Champex, qu’il croit être au km 110, à la fin de la descente. C’est là qu’il prend son plus gros ‘coup dur’ de la course : il avait clairement mal regardé le profil de la course, et Champex est en fait au km 117, après une montée de 400+ environ. En temps ‘normal’, cette nouvelle n’aurait rien d’alarmant, mais après plus de 20h de course, elle lui pèse beaucoup. Pour ne pas risquer de trop ralentir en ce moment un peu pénible, il se cale sur la foulée de ses compagnons de course, et en particulier sur les pas d’Antonio, coureur très sympa, avec un bon rythme et un très bon esprit. Un réseau GSM retrouvé permet d’appeler Vittoria à Chamonix, afin de lui donner des nouvelles et d’en prendre de ses petits camarades. Cet appel fait du bien. Les messages d’encouragement parvenus à ce moment par SMS (merci Karine) ou sur sa messagerie (merci Matthieu) font aussi très chaud au cœur : il y a des gens qui suivent sur Internet sa progression, et il n’est pas question de les décevoir. Le petit groupe atteint finalement Champex d’En-Bas et la ‘base-vie’ tant attendue à 22h34. Le village est mort, et il n’y a pas âme qui vive à part l’organisation de l’UTMB.

Pour Joël, la descente puis le faux plat vers La Fouly est longue mais avec son  outil magique, il n’en fait qu’une bouchée. La nuit retentit de son chant vengeur : macekiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, massimooooooooooooooooo. Les connaisseurs reconnaîtront, les autres devront plutôt oublier. La nuit est tombée alors qu’il se dirige vers Champex mais ce moment difficile à passer ne l’atteint pas dans son moral. A ce moment, il sait qu’il ne s’arrêtera pas à Champex. La négociation pour la suite n’est pas encore terminée. En discutant avec Patrick, avec qui il fait un véritable chassé croisé, il s’étonne d’observer à quel point les moments d’euphorie alternent avec les moments pénibles, de souffrance. Cette alternance semble connue des spécialistes de l’Ultra, et Patrick lui confie que les moments d’euphorie risquent d’être de plus en plus brefs. 

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Arrêt Champex

0

0

0

116.4

6251

5946

 

Champex n’est pas un ravitaillement comme un autre mais une base de vie (joli mot n’est-ce pas ?), comme Les Chapieux et Courmayeur. Au milieu de la montagne grandiose mais parfois sauvage, c’est un havre de paix où on peut manger, dormir, se faire masser et retrouver un sac d’assistance tout cela dans un confort certain. Pour les coureurs qui sont arrivés jusque là, c’est la dernière décision à prendre. A quelques rares exceptions près, quand on repart  de Champex, c’est pour finir la boucle à Chamonix. En règle générale, ceux qui sont arrivés à Champex avaient comme objectif initial d’aller jusqu’à Chamonix (Joël et Arnaud sont plutôt des exceptions). Après un parcours déjà éprouvant, il s’agit de repartir, pour beaucoup dans la nuit, pour affronter les 40 derniers kilomètres et 2300m + de cette boucle. La décision est donc parfois difficile à prendre et nombreux sont ceux qui jettent l’éponge, ne trouvant pas les ressources morales ou physiques pour se relancer dans l’aventure, ou tout simplement ne trouvant aucune bonne raison de continuer cette galère. Inutile non plus de trop brusquer l’esprit et le corps. Quand on a décidé de continuer, il s’agit de bien récupérer pour repartir avec un nouvel élan et la rage aux dents. Voilà comment nous avons abordé ce moment charnière dans la course.

Etienne est arrivé à Champex maintenant assez marqué mais plutôt en bonne forme. Ayant pour objectif initial la boucle complète, aucun doute dans son esprit, il repart de Champex et sait depuis longtemps qu’il ira jusqu’au bout. Aidé par les quelques cafés et thés pris dans la journée, il n’a pas envie de dormir et décide de repartir rapidement pour profiter de l’heure de jour qui reste, quitte à dormir plus tard à Trient ou Vallorcine. Il prend tout de même le temps d’une douche. La sensation est merveilleuse sous le flux d’eau chaude avec l’effet massant du savonnage. Il ressort propre, beaucoup mieux physiquement et le moral remonté à bloc. A tel point qu’en se ravitaillant et en se préparant à repartir il essaie de convaincre de repartir les quelques coureurs autour de lui qui hésitent à repartir. Au moment de passer devant la poêle à frire pour repartir à 20h, une petite question aux bénévoles : à quelle place suis-je ? Réponse : 121, encore une bonne nouvelle pour le moral. Au fil du dépassement de coureurs et des abandons, ce chiffre a baissé mais il était encore de 180 à La Fouly. Le gain de places est dû aux abandons mais aussi à l’arrêt assez court de 30 minutes. Un petit risque pris par rapport au manque de sommeil mais qui peut s’avérer payant. En repartant il passe un petit coup de fil pour tenir au courant et encourager Joël et Arnaud qu’il suppose toujours ensembles. Revigoré par cette douche et heureux d’être en passe de finir la boucle à une belle place, il est euphorique au téléphone. Déjà, il est en train d’imaginer et de vivre la joie de l’arrivée. Mais c’est encore de grosses difficultés qui l’attendent jusqu’à cette arrivée.

Arnaud tombe de sommeil en arrivant à Champex et va immédiatement se coucher. La montre est programmée pour un réveil vers 23h30, ce qui devrait permettre de profiter de 45 bonnes minutes de sommeil. Il demande aussi à être réveillé par les bénévoles à 23h30 par sécurité. L’objectif est de repartir vers 24h00. A ce stade, la forme est bonne, la nuit va être belle, alors aucun doute, il repart et veut être de la fête pour la suite. L’endormissement est difficile car les jambes font souffrir dès qu’elles sont allongées (il aurait fallut mettre quelque chose pour surélever les pieds), mais le sommeil finit par gagner la partie. La sonnerie de la montre le secoue violemment à 23h30. Un peu perdu, il se lève machinalement, ramasse ses affaires, se change, mange un peu, et se prépare à repartir. Le compagnon de route, Antonio, a fait soigner ses ampoules et il s’apprête aussi à repartir. Arnaud préfère terminer de manger calmement en espérant le retrouver plus tard. L’ambiance est assez ‘extra-terrestre’ dans la salle à manger, où chacun s’interroge sur sa capacité à repartir, cherche des compagnons de route pour la suite, ou cherche tout simplement ce qu’il fait là ! Pour Arnaud, la décision était prise depuis longtemps, et une fois sa compote terminée (pommes - myrtilles, excellent), il plie et sort dans la nuit.

Joël est arrivé à Champex à 0h57. Au total, il s’arrête 1 heure avec 15 minutes de sommeil, traitement des petits bobos et ampoules, étirements et massages. Champex était le véritable objectif, fixé par rapport l’expérience de 2003. Néanmoins, les conditions climatiques étant bonnes, il semblait possible de continuer et donc tout est prêt à Champex pour cette éventualité.  Très fatigué, Joël n’a pas du tout envie de repartir pourtant il décide de continuer pour les raisons suivantes:

- Je me suis investi en temps avant la course, ce qui coûte à ma famille. Je voulais prouver à Vittoria et Claire que j’étais capable d’aller au bout, et que je n’avais pas fait pas tout ça pour rien.

- Le soutien de l’équipe Xtreme-raidup, avant la course, et pendant a été très fort, coup de fils, SMS, messages d’encouragements, le terme d’équipe prenait là tout son sens, même sur cet objectif individuel

- Le soutien d’autres, Jean-Luc, Pierre-Etienne, et mes parents qui se sont levés toutes les 2h pour voir les résultats.

- Savoir qu’Etienne et Arnaud avaient continué m’interdisait complètement de m’arrêter.

- Savoir qu il n’y aurait que 400 ou 500 ‘finishers’ était motivant.

- Ne plus avoir à revenir.

Tout cela faisait que je me devais de continuer.  

Pas le temps de manger, Joël repars donc doucement en s’enfilant 2 tranches de Gatosport.

 

Temps de passage à Champex (km 115) :

 

Nom

Prenom

Bertone

Elena

ColFerr

Fouly

Champ

FERT

Etienne

S-11:05

S-13:52

S-14:41

S-16:08

S-19:28

COUDRAY

Arnaud

S-13:37

S-16:22

S-17:15

S-18:56

S-22:34

JUNG

Joël

S-14:19

S-17:34

S-18:54

S-20:42

D-00:57

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Champex – Trient

11.9

754

815

128.3

7005

6761

 

Nos trois héros sont repartis de Champex. Sauf incident, ils arriveront à Chamonix mais avant cette délivrance, ils doivent affronter les deux grosses montées de Bovines et Tseppes pour finir par le sentier des Gardes au dessus de Chamonix qui s’est construit une réputation redoutable sur les forums du web traitant de l’UTMB.

Ayant quitté tranquillement Champex en passant quelques coups de fil, Etienne trottine maintenant à petite allure avant le début de la montée à Bovines qui est probablement la plus dure du parcours. Il a fait une reconnaissance de cette partie du parcours quelques semaines plus tôt et il, sait que ça va se gâter. Deux coureurs plus rapides le dépassent. Pas d’inquiétude, ayant passé peu de temps à la base de vie, il est logique que des coureurs un peu plus rapides mais arrêtés plus longtemps le dépassent. Après un début en faux plat, la pente s’accentue et le sentier traverse quatre torrents avant d’arriver au bas du mur terminal. Aucune exagération, la pente est effectivement très raide et, malgré des lacets, c’est bien pas à pas qu’il faut avancer dans cette énorme pente. Beaucoup de racines et de rochers et parfois des marches énormes à franchir, qui nécessitent d’utiliser les mains. Mieux vaut en avoir encore sous le pied pour affronter ces 300 mètres de dénivelé sans péter une durite. Heureusement, Etienne connaît la montée et adopte un bon rythme régulier que deux autres coureurs arrivés derrière s’empressent de suivre. Après 20 minutes dans la difficulté, l’un des coureurs se décourage et veut faire une pause. Dommage, lui rétorque Etienne, le sommet est à 10 minutes et effectivement c’est bien dans ce temps que le sommet est atteint. La nuit est maintenant de nouveau tombée. Après un parcours en balcon éclairé par la lune avec pour vue en contrebas la vallée de Martigny et ses lumières, Etienne arrive à au ravitaillement de Bovines à 21h48. L’endroit est balayé par un vent froid mais l’ambiance du ravitaillement nous réchauffe. Etienne tente de rassurer une coureuse: après une petite montée, la descente qui suit est longue mais assez roulante. Malencontreuse erreur, et en passant toutes ses excuses à cette coureuse qui a du avoir une sérieuse déconvenue : de nuit, avec les multiples cailloux qui la jalonnent, la descente est en fait très pénible et très longue jusqu’au col de la Forclaz. Ensuite, pour éviter la route par mesure de sécurité, le parcours part en balcon pour plonger sur Trient par un sentier très raide et merdique où il est bien difficile de tenir debout. Par temps de pluie, ce sentier se serait transformé en séance de toboggan boueux. Très marqué par cette descente, il arrive à Trient à 23h39. Presque deux heures pour cette descente !! Le moral est bien bas et l’objectif de finir en 35 heures semble plus difficile à atteindre.

En repartant de Champex vers 0h, Arnaud se sent bien. Seul au début, il est rattrapé par un premier groupe. La montée devient alors très raide, avec des pierres assez hautes à franchir (on ne lui aurait pas menti ! Merci Etienne du tuyau, c’est effectivement du bon !). Il se cale alors dans les pas d’un gars qui monte très fort et ensembles, ils atteignent assez rapidement le sommet où Arnaud retrouve Antonio, parti un peu moins vite. Le café proposé au ravitaillement à 1h58 fait beaucoup de bien. Merci aux bénévoles qui tiennent ces ravitaillements avec un sourire constant. Ils descendent ensuite ensembles, toujours tranquillement, et ce malgré la pente très raide sur la fin (qui tient plus du toboggan que du chemin). Il ressent tout juste quelques douleurs assez prononcées sous les pieds, ou plus exactement dans le pied, comme si ses chaussures étaient un peu trop serrées, créant ainsi une pression importante sur ses semelles orthopédiques. Problème incompréhensible, mais ça ne semble pas grave car la progression n’en est pas particulièrement gênée. Sur le chemin, ils manquent d’écraser un coureur qui s’était allongé pour se reposer ! Lunaire ! Au ravitaillement, l’accueil est toujours extra malgré l’heure tardive (3h53) et la fraîcheur de la nuit.

Joël arrive lui aussi dans la montée de Bovines dont il sait qu’elle est la plus dure du parcours. Pour surmonter la difficulté, il se persuade qu’il n’en fera qu’une bouchée, et ça marche ! Evidemment, il paye un peu son enthousiasme sur la longue descente suivante. Il souffre pendant la nuit et jusqu’à la fin de la course d’hallucinations : à de nombreuses reprises, l’impression de voir des choses au bord du chemin, ou à quelques dizaines de mètres des coureurs arrêtés qui fouillent dans leurs sacs. Ah ben non, c’est une souche d’arbre, un animal bizarre ou un rocher. Et enfin, le bouquet final, pas possible, une femme nue dans un virage !!! En fait, un arbre dont une écorce subtilement arrachée pouvait laisser deviner la silhouette d’une femme nue. Nous apprendrons plus tard que d’autres coureurs ont eu des hallucinations, et que certains auraient même croisé des crocodiles…

Le ravitaillement de Trient est franchi à 6h24 alors que le soleil est en train de se lever.

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Trient – Vallorcine

10.2

761

780

138.5

7766

7541

 

Le profil de ce tronçon est comparable au précédent : une montée raide suivie d’une longue descente jusqu’à Vallorcine. Pour se remonter le moral après cette descente calamiteuse, Etienne sort son lecteur MP3 pris dans son sac à Champex. Un mélange de musique dynamique, planante et parfois mélancolique, idéal pour s’évader de l’effort physique intense et douloureux. La montée jusqu’au chalet de Tseppes est raide mais régulière et permet donc de se mettre en pilote automatique. Pour ne pas se mettre dans le rouge, il faut tout de même régler la vitesse à un rythme assez lent. Mais ça finit par le faire et après une heure d’effort, le chalet de Tseppes est en vue. Après un petit dialogue bien réconfortant avec les bénévoles qui passent leur nuit à accueillir les coureurs, il faut encore monter 10 minutes pour arriver au sommet, un sentier en balcon au dessus de la vallée de Vallorcine. Un gros ouf de soulagement, même s’il en reste encore deux petites, c’était la dernière longue montée de la course. De jour, la descente qui suit est assez roulante, mais là encore la nuit et la fatigue transforme cette section en petite galère, surtout avec quelques passages marécageux. Et merde, les pieds sont pleins de boue … À l’approche d’une remontée mécanique, Etienne aperçoit deux personnes qui attendent. Un moment angoissé de rencontrer deux inconnus dans la nuit, ils le rassurent vite : vous rentrez en France, ravitaillement volant avant Vallorcine. Quel bonheur, le retour en France sent bon la fin de course même si elle est encore loin et les bénévoles sont toujours aussi sympathiques. La descente se poursuit et Etienne arrive à Vallorcine à 2h51. Au total, il a mis presque 7 heures sur cette section et donc 2h30 de plus que lors de la reconnaissance. Pas bon pour le moral, alors il fait encore une bonne pause assit dans la salle du ravitaillement pour se remotiver pour la dernière section.

Après une bonne soupe, Arnaud repart de Trient pour la montée à Tseppes. Il est agréablement surpris de ne pas souffrir de la fatigue et commence à prendre beaucoup de plaisir. Ses jambes le portent à un rythme régulier, à la fois en montée et en descente : le bonheur de la sensation de pouvoir progresser indéfiniment en ‘mode automatique’, assez enivrant, bref il est en état de grâce. Voilà qui est bien mieux qu’une bonne ‘cuite’ entre copains ! Après cette montée, hop, il bascule dans la vallée vers Vallorcine, toujours à un bon rythme, maintenant en compagnie d’Antonio seulement. Les hallucinations sont assez nombreuses, mais rien de grave: cela se caractérise par l’impression de voir des coureurs assis très fréquemment sur le bord du chemin alors qu’il ne s’agit que de souches ou d’arbres morts. Ils arrivent ensemble à Vallorcine à 6h56 au petit matin.

A Trient, Joël est fatigué, et en a marre ! Il décide de dormir 15 minutes de plus. Le bénévole, super sympa, propose de le réveiller. ‘Ok ! mais tu m'oublies surtout pas'. Pas de problème, ils ne l’ont pas oublié, son collègue le réveille même au bout de 5 minutes à peine. Tant pis, maintenant il faut y aller. Encore une montée, et l’impression de pouvoir encore en monter 50 comme ça. Puis encore une descente, vers Vallorcine et l’impression nette qu il faut que ce soit la dernière. Joël y perd énormément de temps, et une bonne trentaine de places. Les genoux commencent à faire mal. Arrivé à Vallorcine à 9h45, c’est maintenant difficile de marcher en descente. Toujours pas de souci pour monter, ni pour courir en faux plat, donc ça devrait aller.

 

Troncon

Dist

D+

D-

Dist cum

D+ Cum

D- Cum

Vallorcine – Chamonix

15.6

541

766

154.1

8307

8307

 

Allez, c’est bon, 16 kms, y a pas de quoi en faire un plat de cette section. Sauf que l’air de rien, il reste 541m de dénivelé positif et surtout la fameuse montée et descente du sentier des Gardes avant Chamonix qui a acquis une sale réputation sur les forums traitant de la course. Des champions dont Dawa Sherpa lui-même l’on trouvé difficile... Allons donc voir si cette réputation est méritée.

Etienne quitte Vallorcine à 3h. En comptant 4 heures pour faire ces derniers 16 kms, passer en dessous des 35 heures semble faisable. Le moral est donc plutôt bon même si physiquement ça commence à être très difficile. Même sans avoir vraiment envie de dormir, la fatigue consécutive à deux nuits de sommeil est assez pénible. Certains muscles sont douloureux, notamment le bas de la cuisse juste au dessus du genou. Difficile de faire un diagnostic précis, mais chaque départ est très douloureux et même quand le muscle est de nouveau chaud, les descentes font très mal.

La montée vers le col des Montets est un doux havre de paix : un bon faux plat à 5% de moyenne pendant 4 kilomètres. La descente qui suit vers Tré le Champ est aussi douce, le calme avant la tempête. Pour la première fois depuis le début de la course, le contrôle / ravitaillement de Tré le Champ est quasi désert. A part la bénévole, aucun autre coureur. Le peloton est maintenant très étiré. Après le croisement de la route, il faut repartir dans les montagnes et laisser sur la gauche la vallée qui plonge vers Argentière et Chamonix. Malgré quelques racines et rochers, le début de la montée n’est pas à la hauteur de sa réputation. Un coureur dépassant Etienne demande si les lumières qui sont en contrebas n’indiquent pas le début de Chamonix. Mieux vaut se retenir de lui lancer un ‘’Putain, mon gars, tu rêves, on est encore à perpette de Chamonix’’ mais plutôt un gentil mais objectif ‘’ Ah non, là ce n’est qu’Argentière et Chamonix, c’est encore à 10 kilomètres, donc très loin’’. Après de longues sections de replat et petites descentes, la montée se fait plus raide vers le point culminant de ce parcours en balcon le long de la vallée de Chamonix. Pour la première fois du parcours, Etienne se cale derrière un autre coureur pour finir la montée. Une bonne chose, car malgré la joie de sentir l’arrivée proche, le moral est toujours un peu bas dans la nuit. Il est difficile de se repérer et les quelques hallucinations faisant croire à la présence de randonneurs sur le bord du chemin ne suffisent pas à agrémenter la marche. Après la musique, c’est maintenant un animateur de radio matinal qui l’aide à oublier sa pauvre situation. Au poste de contrôle du sommet à 5h40, c’est le soulagement : plus que de la descente jusqu’à Chamonix. Seul problème, la première moitié de la descente est le sentier le plus technique du parcours : racines, gros rochers, sentier peu marqué : c’est un véritable enfer dans la nuit. Enfin, au petit jour, le chalet de la Fiora arrive. La bénévole est visiblement déçue du peu d’intérêt que suscite son ravitaillement à 3 kilomètres de l’arrivée. Maintenant, une seule idée en tête : franchir cette foutue ligne d’arrivée. Après un parcours plus facile sur une piste, la joie de parcourir les rues de Chamonix. C’est le petit matin et rares sont les supporters dans les rues mais tous lancent un petit bravo amical qui fait chaud au cœur. Après avoir souvent visualisé et anticipé la joie de cette arrivée, son accomplissement semble assez naturel et sans grosse émotion. C’est surtout un grand soulagement de pouvoir s’asseoir sans se dire qu’il faudra repartir bientôt. Le temps de 35h13 (124eme) est, à peu de choses près, en conformité avec l’objectif, le bilan est donc 100% positif. Juste avant de partir voir Joël à Vallorcine, Vittoria vient transporter Etienne vers le chalet, la douche et le sommeil réparateur.

Arnaud vient juste de partir de Vallorcine sans la frontale qui regagne le sac une bonne fois pour toute. Encore un bon café (en alternance avec la soupe), pris assis tranquillement à une table. Avec Antonio, ils commencent à se préoccuper de leur classement : il y a environ 210 coureurs devant. La conclusion est simple : ils doivent accélérer un peu, doubler au moins une bonne dizaine de coureurs, et rentrer comme ça dans les 200 premiers. Le physique est encore bon, donc ce n’est pas délirant. Ils repartent donc d’un pas soutenu dans le faux plat montant vers le col des Montets, et sont rapidement rattrapés par un coureur manifestement pressé qui court à un rythme élevé. C’est le signal : il va falloir courir autant que possible à partir de maintenant. Un ‘sprint final’ de 3h sur le sentier des gardes et avec environ 500+, rien que du bonheur ! Arnaud est un peu ralenti par un besoin naturel, mais ensuite, c’est tout à droite ! Pendant un moment, il est un peu inquiet de ne rattraper personne, puis passe un premier petit groupe, puis un autre, et encore un autre… Il faut se forcer un peu pour soutenir le rythme et il se demande quand la descente finale va commencer. Les premiers randonneurs apparaissent en même temps sur les chemins (non, là ce ne sont pas des hallucinations), avec leurs lots d’encouragements, faisant aussi oublier la pression de la course et rappelant la beauté de l’effort accompli. Au moins dix coureurs ont été dépassés maintenant, mais ce n’est pas une raison pour ralentir : plus le rythme est tenu, plus rapidement il arrivera à Chamonix. Arnaud entame donc la descente au pas de course et commence à sentir la fin approcher. L’ambiance de l’arrivée, la perspective du tour complet accompli et les encouragements du public le portent à finir sur un bon rythme de footing. Quel plaisir de sentir les jambes qui sont toujours au rendez-vous et acceptent volontiers de se donner dans l’effort. Il est presque 10h00 et les rues de Chamonix sont pleines de personnes qui n’hésitent pas à s’arrêter pour applaudir et encourager les coureurs. L’ambiance est excellente. Arnaud passe l’arche d’arrivée avec une immense satisfaction avec un temps de 37h56 (191eme), et s’arrête un peu plus loin pour recevoir le sweat ‘Finisher’, prendre un bon coca, répondre aux questions du speaker, et faire encore quelques photos. C’est beau un instant de célébrité au milieu de tout ce bonheur ! Il retrouve Antonio arrivé juste avant et c’est l’heure des félicitations. Quel moment agréable, quelle course !

C’est maintenant le moment d’apprécier l’atmosphère de fin de course, la plénitude dans laquelle on plonge rapidement, mêlé à la musique et à l’animation des organisateurs autour de la ligne d’arrivée. Arnaud reste donc un moment à s’étirer et à regarder les coureurs arriver. Puis, direction le gymnase / lycée pour prendre une bonne douche, essayer d’aller aux massages (très bonne expérience sur les Templiers), et prendre un repas. La douche : du grand bonheur, mais c’est au 3eme étage ! Aie, ça commence à se refroidir et à se raidir au niveau des jambes. Les massages : top. L’accueil est adorable en plus… Le repas, pris avec Antonio et un ami à lui qui n’a pas pu finir la boucle cette année permet de finir de se remettre sur pieds et de commencer à revivre les meilleurs moments de la course. Fatigué mais pas vraiment d’envie d’aller se coucher. Arnaud préfère continuer de savourer le plaisir du tour du Mont-Blanc accompli. Ensuite direction la ligne d’arrivée pour accueillir Joël.

 

 

 

A 10h, Joël quitte Vallorcine. Dans la montée vers le col des Montets, encore une hallucination : Claire et Vittoria courent vers lui. Mais non, c’est vrai, elles sont bien là !!! La conversation d’hier matin reprend : Claire : papa, tu as encore couru  toute la nuit,  pourquoi ? Joël : euh, je sais pas, tu m’embrouilles avec tes questions !!!

Au fait Joël, depuis, as-tu trouvé la réponse à la question ? Avec cette très bonne surprise, toutes les douleurs sont maintenant oubliées, et Joël galope à nouveau tel la gazelle.

Répit de courte durée, les 12 derniers km avec la montée et la descente du sentier des Gardes seront un enfer. L’impression d’être quasi arrivé, alors qu’il lui faudra encore 3 bonnes heures. Le faux plat est technique, et la descente fait mal aux genoux. Heureusement, les encouragements du public sont chaleureux et sincères. Enfin, l’arrivée à Chamonix. Quelques gouttes tombent, histoire de justifier d’avoir emporté la veste de montagne. La foule fait une fête à tous les ‘finishers’. Vittoria, Claire, Etienne et Arnaud l’attendent attablés à la terrasse d’une brasserie. Joël fait la joie de tous les photographes et cameramen en passant la ligne d’arrivé en petite foulées, accompagné de Claire, et après 42h24 de course (354eme).

 

 

Temps de passage à Chamonix :

 

Pos

Nom

Prenom

Bovine

Trient

Vallorc

Gardes

Cham

124

FERT

Etienne

S-21:48

S-23:39

D-02:51

D-05:40

D-07:19

189

COUDRAY

Arnaud

D-01:58

D-03:53

D-06:56

D-08:55

D-10:02

354

JUNG

Joël

D-04:23

D-06:24

D-09:45

D-12:21

D-14:30

 

Pour finir, quelques chiffres : Vincent Delebarre finit premier la course en 21h06, deux heures devant Dawa Sherpa qui n’a pas pu le suivre après Champex. Philippe Daubignard, 420eme et dernier finisher à Chamonix sur 1500 partants finit la course en 45h31. Un grand bravo à tous les deux et de façon générale à tous les valeureux coureurs qui ont bouclé cette course mythique.

 

Après un peu de repos, nous trouvons un bon restaurant savoyard où nous pouvons échanger sur notre course devant un bon plat du pays. Un superbe moment de détente après la course bien mérité, comme le matelas confortable pour goûter à un bon sommeil réparateur.

Un dernier mot : un immense bravo aux organisateurs et bénévoles qui nous ont permis de vivre cette aventure et ont, après deux éditions, transformé cette course en un mythe de l’ultra-trail. C’est un véritable exploit d’organiser une telle course sur 44 heures et entre trois pays. Alors, même si il est encore possible d’améliorer certains aspects, sur bien des points l’organisation s’est montrée irréprochable. Qu’elle en soit donc encore remerciée.

Profil pris à l’altimètre d’Arnaud en fonction du temps :

 

 

Courbes des évolutions des classements par point de contrôle :

 

Le deuxième tableau est calculé en enlevant des classements les non-finishers à Chamonix.

 

Quelques statistiques sur les abandons:

 

Evolution du nombre de concurrents en course :

Abandons

Abandons avant Courmayeur

312

Arrêt à Courmayeur (km 71)

443

Arrêt à refuge Bertone (km 75)

37

Arrêt à refuge Elena (km 88)

40

Arrêt à Col Ferret (km 90)

7

Arrêt à La Fouly (km 99)

88

Arrêt à Champeix (km 116)

136

Arrêt à Bovines (km 121)

3

Arrêt à Trient (km 128)

12

Arrivés à Chamonix (km 155) : 420

Arrêts avant Chamonix H : 71%

Arrêts avant Chamonix F : 84%


Statistiques par catégories

Catégorie

Nombre de partants

Pourcentage d'arrêts avant Chamonix

Classement du premier

V4H

3

(67%)

397

V3H

32

63%

9

V3F

5

80%

129

V2H

242

68%

11

V2F

19

74%

77

V1H

528

67%

6

V1F

58

88%

14

SEH

566

77%

1

SEF

42

83%

75

ESH

11

91%

376

JUH

4

100%