Récit de ma
participation au trail de la sainte Victoire le 19
Mars 2006
Etienne Fert
Que de beau monde sur cette ligne de départ. Dawa Sherpa, Dellebarre, Jacquerod, le trio qui monopolise les premières places sur l’UTMB et côté féminin, Karine Herry, multiple triomphatrice des Templiers. Ce trail dans le massif de la Sainte Victoire attire visiblement le gratin du trail Français avec quelques bonnes raisons : un massif de toute beauté même si le temps maussade du jour ne le met pas vraiment en valeur, et un parcours des plus exigeants avec 44km pour 2600m de dénivelé positif. Quand on sait que les premiers et derniers 8kms comportent peu de dénivelé, on imagine la difficulté de la partie montagnarde. Le trail s’est aussi bâti une très belle réputation après l’épreuve de 2005 où beaucoup y ont laissé quelques plumes.
Au signal du départ, les premiers semblent partir sur des bases raisonnables. Pendant quelques centaines de mètres, j’aperçois toujours la tête de la course où les cadors semblent s’observer dans l’attente des premières difficultés où la lutte pour la victoire va réellement débuter. Parti sur un bon rythme, je fais tout de même attention à ne pas me mettre en surrégime. Même si j’ai fait du ski de fond pendant tout l’hiver, je n’ai repris la course à pied que depuis un petit mois et cette course est le baptême du feu pour cette saison alors prudence. Le début de la course serpente dans une petite vallée avec quelques passages techniques qui forcent le peloton à s’étirer. Ca bouchonne même un peu sur un franchissement de rivière suivi d’une montée sur une échelle. Ce n’est qu’un petit amuse-gueule en comparaison des passages techniques qui nous attendent.
Après quelques kilomètres de plat plus ou moins faux, nous arrivons au pied d’une première petite difficulté, à peine deux cents mètres de dénivelé pour franchir la barre du Cengle. Nous sommes maintenant au pied du massif de la Sainte Victoire et les choses sérieuses ne vont pas tarder à commencer. Depuis le départ, je glisse petit à petit vers l’arrière du peloton. Sur ce type de portion semi plate, c’est une habitude pour moi, surtout parce que je n’y suis jamais très motivé sur ces portions pour me donner à fond. J’attends que le profil s’anime pour donner mon maximum.
Avant d’affronter la montée au prieuré, nous longeons le massif par un sentier en montagnes russes où les mollets et les cuisses commencent à s’échauffer sérieusement. Enfin, après 1h30 de course, j’atteins le bas de cette montée. Je décide tout de suite de mettre le paquet dans cette montée pour voir où j’en suis. La conclusion est moyenne, je suis bien aux taquets cardiaquement mais sans pour autant voler dans cette ascension exigeante. Je me maintiens plus ou moins à la même place alors que j’ai l’habitude, après des portions de plats, de remonter dans le classement. Pour agrémenter et durcir la course, nous avons aussi droit à un vent latéral à décorner les bœufs et aussi à un petit passage d’escalade qu’il faut franchir à l’aide d’une corde d’autant que la roche humide est particulièrement glissante.
Au sommet, nous passons un peu à distance du prieuré, peut-être pour ménager la sérénité des lieux. La descente est d’abord laborieuse au fil de très longs lacets et puis, la pente s’accentue sur une large piste. Pas vraiment ma tasse de thé, j’espérais une descente plus technique. Après un premier ravitaillement, nous avons droit à une petite portion facile avant la grosse montée du parcours vers le sommet du massif, le pic des Mouches. Je gère mon effort dans l’optique de ce gros morceau. Les sensations ne sont pas exceptionnelles mais je m’accroche avec d’autres concurrents. Après une montée assez raide mais finalement pas si difficile, nous atteignons le sommet de la crête après 3h30 de course. Nous sommes à peu près à mi-course en distance et une grande partie du dénivelé est derrière moi, alors mon objectif initial de 6h/6h15 semble à portée de main.
Mais c’est là que ça se gâte. Physiquement, je ne me sens pas trop épuisé, mais j’ai quelques petits déclenchements de crampes peu rassurants. Probablement, la conséquence d’un entraînement spécifique encore léger et des deux dernières montées abordées à mon maximum. Et puis, le parcours en crête jusqu’au sommet est théoriquement facile mais c’est en fait limite galère. Pas à cause du vent, le sentier restant juste en dessous de la ligne de crête qui nous protège bien du vent. Non, le sentier jusque là facile devient beaucoup plus ardu. C’est un massif calcaire et la crête est un lapiaz très tourmenté. Par temps sec, se serait déjà difficile avec des rochers coupants où il est parfois difficiles de trouver de bons appuis sans risquer de se tordre une cheville, mais avec l’humidité, c’est parfois très casse-gueule. Je n’échappe pas à la sanction, un petit passage pentu sur une roche savonneuse et vlan, je me retrouve sur le flan. Pas de bobo à part une égratignure sur une main mais je suis maintenant échaudé. Prudence, prudence, d’autant que quelques passages assurés avec cordes ou chaînes demandent une vigilance particulière. Je suis lent mais je me console en dépassant pas mal de concurrents qui souffrent dans ces passages difficiles. Mais c’est long et l’optimisme qui me donnait à penser que mon objectif initial était faisable commence à s’effilocher.
Enfin, après le sommet et une légère descente qui débute sur la crête, j’arrive au col qui marque le début de la vraie descente vers le deuxième ravitaillement. Je me vois rapidement manger quelques morceaux de gâteau mais je déchante vite. C’est encore pire. La descente dans des pierriers est raide et très casse-gueule. Une fois, deux fois, trois fois, je pars en glissade et je me retrouve sur le cul. Des chutes plus ou moins maîtrisées mais cette prise de risque me permet de continuer à dépasser d’autres coureurs. Pour compléter le tableau de cette descente plus difficile que prévue, il faut plusieurs fois remonter pour aller trouver un autre petit vallon. Au total, pas loin d’une heure passée pour quelques centaines mètres de dénivelé de descente et le ravitaillement est enfin en vue mais j’y ai laissé des plumes. J’ai négligé mon alimentation pendant cette heure et j’arrive affamé et affaibli.
Côté moral, c’est aussi moyen, mon objectif initial est maintenant clairement hors de portée et pour m’éviter la confirmation de cette désillusion, je décide de ne plus regarder mon chrono d’ici l’arrivée. Et puis, réel problème, les crampes deviennent de plus en plus insistantes. Dans la montée qui suit, j’ai des déclenchements dans les deux mollets. Je parviens à ne pas m’arrêter et ça passe plus ou moins, mais je dois lever le pied dans cette dernière difficulté vers le refuge Baudino. Au sommet, il ne restera plus que 10 kms de descente ou de plat, alors je prends mon mal en patience.
Le passage du col où est situé le refuge est impressionnant, un amas rocheux où il faut sauter entre deux grosses pierres. Ouf, je consulte mon altimètre, 2600 m de dénivelé positif par rapport aux 2400 annoncés par l’organisation. Pas de mauvaise surprise de ce côté. La descente qui suit est roulante et j’arrive au dernier point d’eau où nous retrouvons pour les 9 derniers kilomètres le parcours emprunté en début de course. J’essaie de prendre un rythme de course régulier mais les crampes me rattrapent vite. Cette fois ci, ce sont les ischios-jambiers et les adducteurs qui sont touchés. La douleur est telle que je dois plusieurs fois m’arrêter pour faire des étirements. Petit à petit, je trouve un rythme qui me permet d’éviter le retour de la crampe assassine. Je ne fonce pas comme un dératé mais ça roule tout de même, d’autant que je peux détendre mes muscles dans les quelques descentes qui émaillent cette fin de course. Moralement, même si je suis conscient d’être en dehors de mon objectif initial, j’arrive à me motiver pour ne pas entrecouper la course par des périodes de marche. Au fil de l’avancée, je me persuade de reporter la pause à cinq minutes plus tard et ainsi de suite. La ligne d’arrivée est maintenant en vue et j’accélère dans le village pour en finir au plus vite. Soulagé, je franchis la ligne mais je vois avec désappointement mon temps s’afficher : 6h47 et classé 106eme sur 306 arrivants. Le premier, sans surprise, Dawa Sherpa est arrivé en 4h35. Pas folichon comme performance, mais tout de même rassurant pour une reprise après trois mois d’arrêt de course à pied et un petit mois de reprise et surtout, je suis heureux d’avoir participé à ce trail au parcours superbe et exigeant.
Si le parcours détaillé vous intéresse, vous le trouverez sur le site web de la course :
http://trail.ail-rousset.com/index.htm
Relevé cardio
