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Compte-rendu Grand Duc de la Chartreuse 2004 E.Fert
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La rumeur court dans le milieu de l’ultra-trail : « le Grand Duc c’est du costaud ». Les chiffres ne sont pourtant pas effrayants : 80 km pour 4800m de dénivelé. Pour continuer à se rassurer, il suffit d’aller faire un tour dans ces paysages verdoyants avec de jolies vallées mais, il est vrai, aussi quelques sommets qui s’en dégagent avec fierté. Allez voir la paroi du Mt Granier depuis le col du même nom et vous comprendrez que ce massif de la Chartreuse dévoile des paysages doux mais aussi parfois sauvages. En 2003, la course faisait 88 km pour 4000m+, une difficulté comparable qui a tout de même obligé les premiers à batailler pendant plus de 10 heures. A priori, je pense pouvoir boucler la course en 15 heures, ce qui me permettrait de passer sans grande marge la barrière horaire au km 67, au bout de 13 heures de course. Bref, je suis raisonnablement confiant … à tors, je ne mesure pas suffisamment la difficulté de la course et de la barrière horaire. En partie parce que cette course est surtout une préparation en vue de l’UTMB, je néglige de me préparer au mieux. Voulant profiter de ce voyage dans les Alpes au maximum, je m’offre deux jours de vélo dans l’Oisans en début de semaine. Super sympa d’aller rouler sur ces grands cols, mais pas vraiment le top pour arriver frais Dimanche au départ. Malgré cette préparation peu sérieuse, je me sens plutôt en forme en ce matin du 27 Juin et surtout heureux d’aller courir dans ces paysages par ce grand soleil. Petit soucis, je comptait parfaire ma technique de montée et descente avec bâtons mais ils sont interditsL. Je ne comprends d’ailleurs pas trop la raison de cette interdiction. OK pour le départ, car ça peut être dangereux dans la meute des coureurs mais par la suite chacun vit sa vie sur le sentier et le risque de blesser un collègue traileur devient nul. Le départ est donné à 5 heures et les premières lueurs du jour permettent de se passer de frontale pour ce départ. Au bout de quelques dizaines de mètres, la plupart des coureurs doivent marcher dans le sentier relativement raide qui sort du village de départ, Epernay. Ensuite nous rejoignons une route en faux plat puis une piste ou la course redevient facile. Sans vraiment s’en rendre compte, nous venons déjà de franchir la première difficulté, c’est vrai assez légère avec seulement 400 m de dénivelé positif. Après une descente sympathique dans la forêt et les prés, le parcours se poursuit avec une longue portion de route, pour ne rien arranger en faux plat montant. | ||
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Pas vraiment ma tasse de thé d’autant qu’on se fatigue significativement en courant sur ce bitume. Après le village suivant et un nouveau ravitaillement tenu par de sympathiques bénévoles (en règle générale il y a un ravito tous les 5 kms, ce qui est beaucoup pour un trail), nous retrouvons un chemin plus bucolique. Suit, un chemin assez raide et le sommet de la deuxième difficulté du parcours, le col de la Saulce à 1480m. | ||
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Au col, je profite du ravito pour faire quelques photos et demander mon classement : 47 eme. Sur 74 partants, ce n’est pas très bon et plutôt moins bien que mon habitude même si je suis parti prudemment en ce début de course. Probablement la preuve que le niveau des participants est relativement élevé et que beaucoup de concurrents préfèrent s’aligner sur le parcours en relais. De toute façon, je ne suis pas venu pour la performance, alors la nouvelle ne m’atteint pas vraiment. La descente qui suit sur une piste raide est assez pénible et encore suivie d’une longue portion de route pour rejoindre St Pierre de Chartreuse. Heureusement que les paysages sont superbes parce que je regrette la présence de beaucoup de bitume sur ce début de course. Après St Pierre, nous avons droit à un parcours relativement facile en vallée avant la première des deux grosses difficultés de la course, le sommet de Chamechaude qui culmine à 2080m et est le sommet du massif. Une montée redoutable au vu du profil. J’ai aussi pu apprécier la raideur de la deuxième portion en passant en voiture deux jours avant au col de Porte qui lui fait face. Conscient de la nécessité de me ménager pour ne pas trop souffrir dans cette montée et ressentant les premiers signes de fatigue, je monte à ma main ce sentier au milieu de la forêt. La chaleur commence à monter et l’ombre de ces sapins est la bienvenue. Côté animation, je commence à me faire rattraper par les premiers de la course relais par équipe de deux qui sont partis une heure plus tard. Assez logique, après 4 heures de course, mais tout de même pas très bon pour le moral. Plus tard, je commencerai à voir les premiers du relais par équipe de 5. Là, c’est encore pire, ne faisant qu’une petite partie du parcours, ils sont remontés à bloc et montent comme des flèches. Encore plus dur à supporter moralement. Après ce passage en forêt, nous atteignons la cabane de Bachasson, le début de la montée très raide vers Chamechaude et aussi le point où nous croisont les précédents qui reviennent du sommet. Les premiers viennent de passer, ce qui veut dire que j’ai plus ou moins une heure de retard, ce qui est plutôt honorable. Peu de temps pour méditer ces écarts, la montée est très dure et même parfois très pénible puisqu’il faut passer par des pierriers peu stables. Je dois même pendant quelque mètres marcher à quatre pattes pour trouver le minimum d’adhérence. A 10 mètres de dénivelé près, nous n’atteignons pas le sommet, pour éviter un passage technique avec un câble. | ||
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| Grosse récompense la vue est superbe en haut et j’en profite pour faire de belles photos. Le début de la descente sur la crête est assez impressionnant : l’à-pic est vertigineux à seulement 2 mètres du chemin. | ||
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Ensuite, on replonge dans la pente pour atteindre peu de temps plus tard la cabane de Bachasson. Après un replat en forêt, la descente continue sur des pistes très raides où il faut sans arrêt se retenir. Pas très agréable et très exigeant physiquement. J’arrive au Sappey en Chartreuse en 6h30 à peu près à la mi-course. Tenant compte de mon état de fatigue, j’irai forcément moins vite dans la deuxième moitié du parcours et je suis donc plus ou moins dans mon objectif de 15 heures. A cette mi-course, l’organisation a prévu un petit contrôle médical. Tension 13/7 ; pulsations 120 (nromal, je viens juste de m’arrêter) et température 35°7. Je craignais un peu la surchauffe et suis donc surpris par cette température étrangement basse mais il parait que c’est parce que mon sang est surtout dans mes jambes. Bien, mais j’aimerai qu’il s’occupe aussi de mon estomac pour justement pour se recharger en énergie … D’après le médecin, je suis bon pour repartir. Il a raison, mais après ces 40km et 2400m de dénivelé, je ressens tout de même beaucoup de fatigue. C’est clair je ne suis pas dans un grand jour mais je vais essayer de gérer. Je commence donc par partir tranquillement sur le faux plat qui suit. Le répit est de courte durée, de nouveau, la pente se redresse sévèrement sur cette piste. Je gère tranquillement et même sans être très rapide, je me fais mon petit bonhomme de chemin raisonnablement pour arriver au sommet, une charmante prairie avec quelques vaches broutant benoîtement. Après une courte portion de plat, nous tombons sur la route qui monte au col du Coq. Là pas de questions à se poser, c’est la marche sur cette pente douce et dans cette chaleur sur ce goudron surchauffé. Un mauvais moment à passer. Hypnotisé et décérébré par ce nouveau passage de route, je suis à deux doigts de rater l’embranchement juste avant le col. Nous rejoignons le GR qui va vers le col des Ayes. Pour moi ce sont les premiers vrais signes de la future défaillance: débuts de crampes et très peu de jus. En gérant, j’arrive tout de même sans soucis au col, avec tout de même maintenant 3200m+ dans les pattes. La nouvelle descente jusqu’à Saint Pierre d’entremont est fidèle à ses grandes sœurs : une portion très raide sur piste où il faut sans arrêt se crisper sur ses jambes pour ne pas accélérer, suivie d’une portion de route. La même portion a été faite quelques heures plus tôt. Eh oui, c’est ce qu’on appelle un parcours en huit. Là on est à la boucle du bas à droite qui remonte vers le nœud et ensuite, ce sera la dernière boucle, en haut à gauche. Très honnêtement, je suis bien loin de ces considérations géométriques en arrivant au CP. 57 km dans la musette. Il en reste 23, rien quoi, sauf qu’il faut aussi se taper 1500m de dénivelé+ dont 1000 sur la prochaine section sur seulement 10km (montée + descente). C’est sur, ça va monter … Je refais les niveaux et j’essaie de me ravitailler mais je suis maintenant sérieusement atteint et mon unique ambition est de terminer. Premier pré requis, il faut passer la porte horaire. Après déjà 9 heures de course, il me reste maintenant 4 heures pour faire la prochaine section de 10 km. A priori, c’est faisable mais je sais que je vais en baver dans la grosse montée qui suit. Peu rassuré mais décidé, je pars tranquillement. Dans le début facile de la montée, je me fais passer par des concurrents du relais. Eux son au début de leur effort et pleins de fougue. Ca fait un peu mal au cœur de les voir m’enrhumer en courant alors que je marche péniblement. Heureusement, certain(e)s en profitant pour m’encourager gentiment et ils sont donc partiellement pardonnés de me casser le moral. Après un début relativement normal, la pente devient inhumaine. Le parcours emprunte une piste forestière tracée sans lacets. Chaque pas est difficile mais malgré tout, je parviens à prendre un rythme régulier et très lent. Comme il y a quelques replats très courts au milieu de cet enfer, je reprend espoir même si mes crampes, elles, s’en donnent à cœur joie. Enfin, le tracé rejoint une piste plus récente utilisant cette ruse inventée par nos ancêtres montagnards, le lacet. Heureux d’être toujours vivant après ce début infernal, je vois arriver un ravito avec joie et fait une pause. Je suis aussi rassuré en voyant que je ne suis pas le seul participant en solo à en baver dans cette montée. Les bénévoles sont rassurants sur le reste de la montée (encore 400 m de dénivelé). C’est vrai que la carte indique beaucoup de petits lacets sur cette portion. Au fil de la montée, les crampes deviennent malheureusement de plus en plus présentes au point d’avoir parfois du mal à marcher. J’évite de m’arrêter ... En plus, j’ai aussi très mal au ventre et des difficultés à boire ou manger. La grosse galère. Au sommet, de l’essentiel de la montée, je m’arrête pour faire une longue pause à côté d’un contrôleur. Encore, un coup de cul, et le sommet sera en vue. Après ce petit col, le paysage change complètement. Adieu les sapins, c’est maintenant une vrai combe de la Chartreuse bien escarpée, bref une vrai ambiance de montagne. | ||
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La pente s’est maintenant calmée mais je me sens de plus en plus mal. Et puis c’est la délivrance, je vomis tout ce que j’ai dans mon estomac. Tout de suite, je me sens plus léger et je repars plus vaillamment avec en plus une capacité à boire retrouvée. J’ai peut-être mangé ou bu quelque chose de mauvais à un ravitaillement. Après deux petites traversée à flans de coteaux, c’est enfin le vrai col et quelques bénévoles qui sont là pour contrôler et aider les concurrents en perdition comme moi. Bien qu’ayant retrouvé un peu plus d’énergie, je profite de ce havre de paix pour me coucher. Voyant mon état le responsable du poste me demande si je souhaiterai me faire évacuer par hélico ? Non, ça va merci J, je peux encore marcher et puis je me vois mal raconter cette aventure Lundi matin. Ah le plaisantin, qui a du se faire rapatrier par hélico !!! Non, ce n’est pas une fierté mal placée qui m’a fait refuser cet hélico mais vraiment le fait que j’avais retrouvé un peu de jus. Au début de la descente, encore un contrôle, putain mais c’est bourré de contrôleurs cette montagne. Ayant retrouvé mes esprits, je lui demande si l’heure du cut pour la barrière horaire est maintenue à 18h. Réponse affirmative. Il est 17h55 et il me reste environ 7 kms de descente. Même en comptant sur un peu de flexibilité, à moins de me transformer en Ben Johnson des montagnes, je peux faire une croix sur cette barrière. J’ai vraiment perdu beaucoup de temps dans cette montée. | ||
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Retrouvant au fil de la descente mes esprits et mes jambes, je me remets à courir pour arriver à Saint Pierre à 19h15, après 14h15 de course et 67 km pour 4200m+. Je suis frustré de ne pas pouvoir continuer parce que les jambes me l’auraient permis mais je me consolerai plus tard en voyant le temps des premiers 11h ; des derniers, 15h et surtout le fait qu’il y a eu finalement 26 arrivants sur 76 partants dont deux femmes. Pas de doute, une course extrême tant pour la difficulté de son parcours que pour sa barrière horaire. Aux Templiers, la même règle arrêterait ceux qui feraient plus de 9 heures de course. Du côté positif, je retiens le fait que je n’ai pas eu mal aux genou (ma tendinite est donc oubliée)et aussi mon bon rétablissement après une grosse défaillance. Il faut maintenant que je me repose pour retrouver un peu de fraîcheur en vue du véritable objectif de cet été, l’UTMB. Le profil. C’est compliqué, comme le tracé est situé sur deux zones du logiciel IGN, la course débute en fait au mileu du premier graphique pour continuer sur le deuxième et revenir sur le début du premier. Vous avez compris ? Sinon, vous me passez un coup de fil ;-). | ||
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