Compte rendu du trail du Férion du 25 Septembre 2005

Etienne Fert

 

J’y songeais de puis longtemps à ce trail. Un parcours de 50km pour 2800m de dénivelé, une bonne dose de montagne autour de Coaraze dans l’arrière pays Niçois. Après une saison estivale marquée par beaucoup de rando-courses hors compétition dont la HRP, j’avais envie de revenir à une petite compétition sur une distance intermédiaire. Histoire de continuer à apprendre sur mes capacités physiques, j’avais aussi décidé d’adopter une tactique maintenant inhabituelle pour moi : partir vite et ensuite gérer. Je suis convaincu, après de nombreux trails, qu’il faut toujours partir prudemment pour finir sur un rythme équivalent et optimiser globalement son temps. Là, je voulais me tester dans un contexte où je risquerais d’être très entamé à mi-course pour voir comment je pourrais gérer cette situation compte-tenu de mes capacités du moment.

Une autre question tactique me hante quelques minutes avant le départ : bâtons or not bâtons ?? Après avoir longtemps rechigné à utiliser cette aide, je n’envisage même plus de partir pour une sortie de rando-course ou un trail longue distance sans mes bâtons. La répartition plus équilibrée de l’effort est un avantage incontestable quand l’effort se prolonge pour ménager en particulier les muscles et articulations des jambes. Pourtant, sur cette distance et compte tenu de la vitesse moyenne que je vais adopter, je ne suis pas absolument convaincu de leur utilité. Peu de participants sur cette course ont pris cet accessoire mais il est aussi vrai que nombreux sont ceux qui ne feront en fait que la distance intermédiaire de 28km, pour laquelle une bifurcation est proposée à mi-course. Au dernier moment, devant le chiffre du dénivelé positif, je décide finalement de prendre mes deux béquilles.

Comme prévu, c’est sur un rythme rapide que je me lance pour ces 50 kilomètres. Les premiers kilomètres sont plutôt roulants avec des faux plats et des montées qui sont le plus souvent courables. Le palpitant monte rapidement en puissance et je me stabilise aux environs de 160 pulsations par minute, ce qui est plus ou moins mon seuil, un rythme que je réussirai à maintenir dans les montées pratiquement jusqu’à la fin du parcours. Je ne suis pas pour autant à la fête, souffle rapide et sueur abondante me confirment que je suis aux taquets. Autour de moi, ça souffre pas mal aussi et je subodore déjà que certains de mes compagnons vont bifurquer au choix des 28kms.

La fin de la première grosse difficulté de la journée, la cime de Roccasiera, est plus pentue et oblige à la marche. Après un peu plus d’une heure de montée tambours battants, je suis heureux de reprendre mon souffle dans la descente. Le sentier est technique et oblige à rester vigilant. Je suis surpris de rattraper dans le début de cette descente Werner Schweizer, une célébrité du trail européen. Concourrant dans la catégorie V3, il laisse pantois tous les spécialistes de la discipline en arrivant invariablement dans les 10 premiers de l’UTMB. Bien que moins performant sur des distances plus courtes, je suis tout de même surpris de me retrouver à ses côtés, signe que je suis effectivement parti plus vite qu’à mon habitude. Il va falloir maintenant assumer ce départ et je ne suis pas forcément rassuré. J’ai déjà bien entamé mes réserves mais je compte sur le deuxième tiers de la course, plus facile pour me requinquer avant la dernière grosse ascension.

Arrivés au bas de la descente, je suis déjà plus confiant. Dans la montée en faux plat qui suit, je cours sans difficulté, ça a l’air de tenir le coup et j’apprécie plus sereinement le paysage au fil des descentes et montées. Après la baisse de Castello, nous plongeons vers le fond de la vallée par un sentier superbe, des passages sur des plaques rocheuses suivis de lacets dans une forêt agréable et fraîche.

Après maintenant un peu de 4 heures de course, je suis soulagé d’en finir avec cette longue descente. J’accuse le coup musculairement et l’effort moins violent de la montée va m’être bénéfique. Un gros morceau tout de même cette montée : un peu plus de 1200m de dénivelé et je suis curieux de voir comment je vais passer cette dernière difficulté. Je suis rassuré d’apercevoir au coin d’un sentier Werner que j’ai croisé plusieurs fois pendant la course, lui étant plus rapide que moi en montée mais plus lent en descente. Avec cette grosse montée, je ne le reverrai plus d’ici l’arrivée et il finira 10 minutes devant moi.

Le début de cette montée ne se passe pas sous les meilleurs auspices. La chaleur est pesante et, plus gênant, j’ai quelques déclenchements de crampes dans les jambes. Je gère ces petites difficultés mais j’ai peur que cette situation, due à mon départ rapide, n’empire et que la montée ne se transforme en un véritable calvaire. Après une petite portion de montée, nous arrivons au dernier ravitaillement de la course. Plus d’eau d’ici la ligne d’arrivée qui est à 15km, alors il faut refaire les niveaux. Un petit jeune qui officie au ravitaillement semble beaucoup stresser pour les coureurs. Il me pousse à me charger de tonnes de barres énergétiques alors que j’ai encore largement de quoi finir avec les quelques barres qui me restent dans mon sac. Je me sors de son insistance avec l’ironie : ‘’Bon, ça va, on ne monte pas à l’Everest tout de même’’. Tout le monde rigole et moi je repars d’un bon pas dans la montée vers la cime du Férion qui culmine à 1412m d’altitude. Avec la fatigue, je parviens tout de même à maintenir un rythme de montée de 800m/h et les quelques concurrents que je dépasse finissent de me rassurer.

Mais c’est long, très long cette montée. 1000m positifs depuis le ravitaillement mais surtout des portions en faux plat et quelques petites descentes qui rendent cette ascension interminable. Dans la deuxième moitié, mon moral commence à s’effilocher d’autant que je n’aperçois plus d’autre concurrent pour me servir de référence. J’espérais boucler cette section de montée en 1h30 au plus mais au terme de ce délai, il me reste encore 200m de montée que je vais franchir en manageant mes débuts de crampe qui deviennent de plus en plus insistants.

Enfin arrivé au sommet, les contrôleurs m’annoncent que je pointe à la 24eme place. Avec mon dossard 22, nous convenons qu’il serait joli de bien repartir pour dépasser deux autres concurrents et finir à la place qui m’était attribuée au départ. Motivation bien futile mais suffisante pour, après une petite minute d’arrêt assis pour détendre mes jambes, me faire repartir d’une bonne foulée dans la descente. Assez rapidement, dans cette descente technique et raide, je rattrape effectivement deux coureurs et le symbole semble à ma portée mais un coureur que j’avais dépassé dans la montée finit plus en jambes et me dépasse. Le village de Coaraze se profile maintenant au fond de la vallée et après une dernière montée pour monter sur le promontoire où est perchée l’église, je finis la course en 6h45 à la 26ème place. Soit les pointeurs se sont trompés, soit je me suis fait dépasser par trois fusées intergalactiques aussi rapides qu’invisibles … Au final, 75 coureurs finissent cette course, sur 180 partants, le reste s’étant aiguillé sur les 28 kms. La première féminine termine en 7h06.

Au final, le bilan est plutôt positif. Je suis relativement satisfait de ma course. Ce départ rapide m’a probablement coûté du temps dans la dernière montée mais je ne pense pas avoir perdu plus de 5 minutes du fait de cette tactique par rapport à une course parfaite. Une bonne expérience donc. En 2006, je compte bien revenir aux Templiers pour y faire un temps et l’expérience de cette course me sera très utile. Dans ma petite tête, j’essaie de faire des extrapolations et je me dis qu’un temps de 8h n’est peut-être pas insensé. Bel objectif qui suivra l’objectif de 30h à l’UTMB !!

Et les bâtons au fait ? Dans les deux premiers tiers, ils n’étaient pas vraiment utiles ni très efficaces du fait des montées et descentes rapides. En revanche, je les ai bien appréciés dans la dernière montée pour soulager mes jambes. Je reste donc partagé sur ce choix et l’intérêt des bâtons sur les trails de moyenne distance.

Le relevé Polar :