Récit de ma participation à l’Ultra Trans Aubrac

Etienne Fert

 

Vendredi 18 Avril, 20h, Didier m’accueille gentiment avec Lionel et Philippe dans le bungalow qu’il a loué pour le week-end non loin de la ligne d’arrivée pour une petite pasta-party et une nuit qui s’annonce courte. Dans nos têtes, résonne un mot d’esprit posté sur le forum UFO quelques jours avant : UTA pour Ultra Trans Aubrac ne doit-il pas plutôt se comprendre comme Ultra Trans Aquatique ? La pluie est tombée toute la journée et c’est toujours des trombes d’eau qui tombent alors que nous mangeons nos pâtes. Pourtant la météo est sans équivoque, demain, c’est le retour du beau temps mais, malgré mon esprit cartésien, j’ai un peu de mal à croire que ce mauvais temps va laisser sa place dans la nuit à une lune puis un soleil rayonnant. En tout cas, en dehors de la pluie, les sentiers s’annoncent gorgés d’eau, ce qui n’est pas forcément pour me déplaire puisque le chemin difficile durcira un parcours qui s’annonce roulant. « seulement » 3000m de dénivelé pour une distance de 100km et un profil avec quelques grimpettes mais souvent plat. Malgré quelques bosses, il faudra souvent courir sur le plat ou les faux plats. Ce n’est à priori pas mon terrain favori surtout depuis que j’ai élu domicile en montagne mais je suis surtout venu sur cette course pour découvrir cette belle région de l’Aubrac et c’est donc sans vraie ambition sportive que je m’aligne. J’espère tout de même boucler le parcours en environ 14h mais dans ces conditions, l’objectif risque d’être difficile à réaliser.

Samedi 19 Avril, 2h30, réveil au milieu de la nuit pour prendre la navette qui part de la ligne d’arrivée à 3h30 et rejoindre la ligne de départ. Premier réflexe, écouter les bruits dans la nuit pour détecter un éventuel bruit de pluie. Rien, les nuages pluvieux ont effectivement passé leur chemin. C’est maintenant un ciel de traîne. Ouf, la météo ne s’est pas trompée.

Après une bonne heure de bus, nous nous retrouvons dans un petit gymnase relativement confortable pour le briefing et les derniers préparatifs avant le départ qui est donné à 6h.

Au moment du départ, la nuit est encore noire mais le jour se lève rapidement. Les premiers kilomètres sont roulants sur des pistes agricoles dans les collines de l’Aubrac. Les chemins gorgés d’eau annoncés ne sont pas encore au rendez-vous. Côté forme, j’ai des sensations moyennes. J’avais de toute façon décidé de partir tranquillement mais même à ce rythme, je ne me sens pas particulièrement à l’aise. Pas de bonne augure pour la suite et la deuxième partie du parcours qui s’annonce très roulante risque de se transformer en chemin de croix si je n’ai pas le jus pour y courir à bonne allure.

Après une dizaine de kilomètres, nous entrons enfin dans le vif du sujet, nos premiers sentiers difficiles. La transition est brusque : après le ronron des pistes, nous descendons dans un chemin étroit très boueux qui, avec les pluies, s’est en fait pratiquement transformé par endroits en petit ruisseau. Vu les conditions, inutile de chercher à garder les pieds au sec, alors autant y aller franchement. La tactique est donc simple :lancer le pied franchement dans l’eau ou la boue pour obtenir le meilleur appui. Premier avantage, on dépasse tous les coureurs peu à l’aise ou qui cherchent à ménager le taux d’humidité de leurs chaussures et puis, à condition d’être un minimum vigilant, ce n’est pas spécialement dangereux. A ce petit jeu je remonte petit à petit le peloton d’autant que dans les petites montées boueuses, je me fais aussi plaisir. En revanche, quand reviennent les portions plates et sans difficultés, je redescends dans le peloton.

Après environ 23km et 2h40 de course pour moi, nous entrons à Laguiole, célèbre localité de l’Aubrac pour ses couteaux et pour son taureau qui trône au milieu de la place centrale. Il est de coutume de dire que toucher ses attributs reproducteurs porte chance mais je suis peu sensible à ce genre de superstition. Je profite rapidement du ravito avant de repartir toujours vers le sud du massif. Cette deuxième section du parcours est la plus vallonnée avec d’abord une montée vers le plateau qui culmine à environ 1300m. Avant le début de la montée, je fais une petite pause pour passer en version courte sur les jambes. Le soleil est maintenant rayonnant et la journée s’annonce très agréable, au moins pour les conditions météo. La montée relativement pentue donne l’occasion de marcher tranquillement. Au loin sur la gauche j’aperçois un grand bâtiment qui ressemble à un vaisseau perché sur  une haute colline. Aucun doute, c’est bien un des temples de la gastronomie française perdu au fond du massif de l’Aubrac et dirigé par le génial Michel Bras. J’ai déjà eu la chance de dîner dans ce sublimissime trois étoiles au Michelin et 19/20 au G&M. Etrange de se remémorer cette soirée gastronomique alors que je suis en train de marcher dans la boue vers les sommets de l’Aubrac. C’est surtout son trou normand qui me revient à l’esprit. Enfin, plutôt son adaptation à la mode  de l’Aubrac. Pas de sorbet marinant dans du calvados. L’adaptation locale est simplement à base … d’aligot. Oui, vous avez bien lu, en guise de trou normand, au milieu du repas, le serveur apporte une énorme jatte remplie d’un aligot dont la capacité à renouveler mon appétit ne m’a pas marqué mais qui est absolument succulent.

L’entracte gastronomique par la pensée est fini, le vaisseau de Bras a disparu de ma vue et je suis revenu maintenant à des choses plus prosaïques. La montée vers le plateau se termine et nous finissons dans une petite couche de neige. Sur le plateau, les chemins sont très boueux, neigeux ou gorgés d’eau. Je trouve ça plutôt fun. Je ne comprends pas très bien pourquoi, peut-être l’effet de ces douces pensées gastronomiques, en tout cas, j’ai retrouvé de très bonnes jambes alors je prends un grand plaisir à patauger dans la boue ou la neige. Il y a aussi plusieurs traversées de ruisseaux larges et suffisamment hauts pour bien mouiller les jambes. Cette traversée du haut plateau central de l’Aubrac restera vraiment dans ma mémoire. De quoi faire pâlir d’envie la célèbre course par équipe du raid28 qui se targue de définir des parcours d’orientation où l’eau joue souvent un rôle significatif. A l’approche d’un énième ruisseau, l’addition me semble vraiment salée. C’est large mais surtout je ne vois pas bien le fond. A vue d’œil, je dirais au moins 50 cm de hauteur … Bon, pas le choix, je suis sur le point de me lancer quand un coureur qui me suit me rattrape de la voix et m’indique une petite passerelle enjambant le ruisseau 15 mètres plus haut. Ok, le bain froid n’est pas encore pour cette fois ci mais ce n’est que partie remise … Un peu plus tard en traversant franchement une zone gorgée d’eau mes pieds plongent dans une flaque à la profondeur bien surprenante. L’eau m’arrive largement au dessus des genoux. Heureusement le soleil permet de sécher rapidement les jambes mais les pieds, eux, à forcer d’être régulièrement envahis par l’eau, doivent mariner pitoyablement dans mes chaussettes et chaussures qui n’ont jamais le temps de sécher vraiment. Ces petits désagréments n’atteignent pas mon moral et je continue à bien progresser et à remonter petit à petit le peloton. Après un départ poussif, je suis clairement en forme.

45km et pour moi 5h50 de course et nous arrivons dans le petit village d’Aubrac au deuxième ravitaillement. L’offre est plus conséquente et je me délecte d’une petite soupe aux légumes. Dignement rassasié, je repars pour la section suivante qui débute par une chemin complètement transformé en ruisseau. Au diable mes fantasmes de séchage des pieds et je cours allégrement pendant quelques centaines de mètres dans l’eau.

Après une nouvelle petite montée, nous amorçons une très longue descente pour quitter ce haut plateau. Le profil est clair, ça s’annonce très long. Au total, cette section pour rejoindre le prochain ravitaillement fait 33km et la descente essentiellement en faux plat avec des petites remontées est longue d’environ 20km. Heureusement ma course est toujours aisée, ce qui me surprend alors que nous atteignons la mi-course et que mon entraînement course à pied sur le plat est très limité.

Après une descente charmante sur un chemin étroit, nous arrivons à St Chély sur Aubrac qui marque le début d’un long faux plat descendant. Malheureusement, cette portion se fait en plus sur une large piste très roulante. J’essaie de ne pas penser aux nombreux kilomètres monotones qui m’attendent. En plus, j’apprendrai plus tard que de l’autre côté de la vallée, passe le chemin de Compostelle avec un charmant chemin de randonnée. Mais pourquoi donc passe t’on sur cette piste ennuyeuse à mourir. Ce long faux plat est tout de même entrecoupé de petites remontées où je marche pour m’économiser. Et puis tout d’un coup, je décide de changer de tactique, marre de ce chemin monotone, marre de m’économiser alors je décide d’accélérer au risque de griller des cartouches qui pourraient m’être utiles pour bien finir la course. Au diable la gestion de course, je me fais plaisir et autre point positif, je continue à remonter le peloton sur cette section qui ne m’était à priori pas favorable.

J’arrive à fond dans le village de St Côme d’Olt qui marque la fin de cette descente. Je néglige le point d’eau installé par l’organisation pour foncer vers le ravito qui est 5 km plus loin avec tout de même une bonne grimpette au milieu.

Le parcours longe maintenant le Lot avec un paysage toujours charmant. Nous empruntons une petite section de bitume avant de remonter dans un chemin raide sur le flanc de la vallée. Je dépasse quelques randonneurs, probablement des pèlerins de Compostelle qui prodiguent le plus souvent de sympathiques encouragement. Bon pour le moral. Encore une petite descente et nous arrivons à Espalion. Un petit moment d’inattention me fait rater un embranchement alors que le balisage est pourtant parfait. Un peu énervé j’accélère l’allure pour retrouver

le bon chemin. Bon, il va tout de même falloir songer à se calmer, il reste 20kms.

Au ravitaillement, j’engloutis encore 2/3 soupes et quelques gâteaux avant de partir pour cette dernière section. Au programme une montée de 300m de dénivelé et ensuite un long plat vers l’arrivée qui s’annonce laborieux. La rumeur d’avant course disait qu’il y a sur cette section une longue partie plate sur une ancienne voie de chemin de fer. Et justement, j’arrive sur une voie. Au niveau sensation, ce n’est pas l’euphorie de la section précédente mais je cours toujours sur un bon rythme alors je me prépare psychologiquement à cette section. Surprise, le balisage nous fait rapidement quitter la voie pour grimper à l’aide d’une corde sur un surplomb et un petit pont qui enjambe la voie. Bon, finalement, pas très longue cette voie ferrée . Naïf que je suis … Je n’étais pas sur LA section qui viendra en fait plus tard.

Pour l’instant, c’est la dernière montée significative du parcours et je vais déboucher sur le plateau qui mène vers l’arrivée. Je suis moyennement rassuré sur mes capacités. Avec la montée, j’ai senti quelques douleurs dans les jambes. J’espère retrouver de bonnes sensations pour courir sur les derniers 15 kms. Pour ne rien arranger, au moment de déboucher sur le plateau, un vent de face assassin nous accueille. J’ai quelques difficultés à remettre mes jambes en route pour un bon rythme de course mais finalement, ça repart raisonnablement. Pour égayer cette section plate, nous traversons quelques charmant hameaux. Une petite parenthèse pour signaler que le parcours n’était pas toujours passionnant mais les paysages traversés ont toujours constitués une belle distraction. Autre bon moment, au croisement d’une route je suis accueilli comme les autres coureurs par une ovation chaleureuse. De quoi redonner le moral, et il en faut parce que la fameuse section sur une ancienne voie ferrée est arrivée. Je ne m’en suis pas aperçu tout de suite parce que les rails ont disparu mais après quelques centaines de mètres, je réalise que je suis maintenant dans la section redoutée. Et effectivement, c’est long, très long. En plus, après avoir longtemps remonté régulièrement des coureurs, le « gibier » se fait rare et je n’aperçois plus qu’un coureur à plus de 200m devant moi mais que je n’arrive pas à remonter malgré mes efforts. Au passage d’une route, le contrôleur m’annonce que je suis classé 16eme. Je ne m’étais pas du tout intéressé à mon classement depuis le départ et je suis plutôt agréablement surpris même si avec 150 partants, ce classement n’a rien d’exceptionnel. Ragaillardi, je continue à me battre pour remonter d’autres concurrents. Mon point de mire depuis quelques kilomètres est intouchable mais je rattrape tout de même un coureur qui n’est plus à son aise. 15eme.

La fin est maintenant proche, des passants m’annoncent que l’arrivée est à 2/3 kms. J’évite en général de donner du crédit à ces informations qui sont souvent erronées mais d’après le profil et le temps, ça semble exact. Un dernier coup de collier et j’arrive en vue du village de Laissac et enfin du gymnase où est jugée l’arrivée. Après 12h33 d’effort j’en termine avec ces 100km finalement 17eme (probablement une petite imprécision du contrôleur) mais surtout très satisfait de ma performance sur une course qui ne m’était à priori pas favorable compte tenu de mon entraînement essentiellement sur du dénivelé. Le premier finit en 10h08.

Bonne journée donc d’un point de vue sportif et une belle traversée sur ces plateau même si le parcours était trop roulant à mon goût en particulier sur la deuxième partie.

 

et le relevé Polar de ma journée :

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