Récit de ma participation à l’Annapurna Mandala Trail 2007

 

Etienne Fert

 

 

Tout coureur l’a vécu : une course ne débute jamais au signal de départ. Parfois, c’est après quelques kilomètres ou quelques heures qu’on entre vraiment dans le vif du sujet. Une préparation quasi-inexistante tant sur la plan mental que physique et on se retrouve sur la ligne de départ presque par hasard, en touriste, et la réalité de la course finit par s’imposer, souvent de façon cruelle quand la préparation est faible. Plus souvent, la course débute réellement dans les jours voir les voir les mois qui précédent. En repensant aux différentes étapes qui m’ont amené au départ de l’Annapurna Mandala Trail 2007, je m’interroge sur ce moment décisif où, tout à coup, on se sent réellement dedans, impliqué à 100%, mobilisé aussi bien mentalement que physiquement.

Tout commence par une idée qui germe dans la tête : j’ai depuis longtemps la passion des treks en altitude en Himalaya, en Amérique du sud et en Afrique sur le Kilimandjaro. Naturellement, l’envie m’est venue de combiner cette passion avec la course à pied pour vivre ces expériences de montagne d’une façon plus sportive. Alors, les premiers articles qui paraissaient sur les premières éditions de l’AMT ne pouvaient que me titiller. Je n’étais pas encore passé à l’acte, d’abord parce que je n’avais jamais trouvé le temps à cette époque de l’année, aussi parce que je concevais cette course comme une étape qui viendrait après la participation à quelques ultra-trails et enfin parce que le parcours habituel de la course ne me convenait pas entièrement. Disons que je rêvais d’un parcours plus tourné vers les cols d’altitude. Alors mon premier projet a été d’organiser mon propre trekking. J’imaginais un trek en semi autonomie qui enchaînerait les tours du Manaslu, de l’Annapurna et du Dhaulagiri en trois semaines de marche sportive. J’avais même contacté Base Camp, l’agence Népalaise locale qui gère l’AMT pour commencer à négocier un parcours et un tarif. Le projet n’a pas pu se faire mais quand je suis tombé courant 2006 sur la description du parcours de l’AMT 2007, le rêve est devenu réalité en puissance : un nouveau parcours dessiné sur les tours du Manaslu et de l’Annapurna avec les variantes de la vallée de Naar et du col du Tilicho. Dans le mille ! Côté chiffres, 10 étapes pour environ 12000m de dénivelé positif et peut-être 300km (chiffres donnés à titre indicatif mais sans garantie puisque l’AMT emprunte pour la première fois ce parcours). J’y ai pensé et j’en ai rêvé pendant quelques mois avant de me décider à envoyer ma confirmation d’inscription à l’automne.

Non, la course n’est pas encore commencée au moment où l’ inscription est partie. Le projet reste lointain, presque hypothétique mais il faut tout de même songer à se préparer. Par chance, que les professionnels des stations de ski me pardonnent, l’enneigement a été particulièrement catastrophique pour cette saison hivernale 2006/2007. J’ai donc pu rechausser mes baskets assez tôt pour me préparer à cet objectif de début de printemps. Toujours difficile à gérer un objectif montagnard pendant l’hiver. La douceur m’a bien aidé et j’arrive en forme pour le départ sans être au top, ne serait-ce que parce que je n’ai pas pu faire quelques sorties en altitude pour susciter la fabrication de globules rouges. Et puis, à la sortie de l’hiver, j’ai toujours quelques kilos en trop par rapport à mon poids habituel.

En dehors de l’altitude et de la longueur des étapes, l’AMT a aussi la particularité d’imposer aux coureurs de porter leurs affaires personnelles : vêtements adaptés à des conditions climatiques difficiles, duvet, pharmacie, crampons en cas de passage difficile, … Heureusement, les nuits sont passées en lodge et donc on se dispense du port de la tente et de la nourriture. Reste tout de même un équipement conséquent où chaque élément doit être pensé en fonction de son utilité : le minimum pour la sécurité et un confort minimal ne se discute pas mais le superflu est prohibé. Je passe donc en revue tout ces éléments avant de partir en consultant d’autres participants à des éditions précédentes et puis je me laisse quelques options sur lesquelles je prendrai des décisions finales la veille du départ à Katmandou.

Même avec ces préparatifs, en arrivant à l’aéroport pour prendre l’avion vers Katmandou, je ne me sens pas encore vraiment dans la course. Pourtant, d’autres ingrédients se mettent en place, je rencontre mes collègues coureurs et concurrents. Je rentre dans l’ambiance de ce groupe sympathique où beaucoup se connaissent déjà par leurs participations précédentes mais où les nouveaux venus sont accueillis chaleureusement. Tiens, parlons en de mes ‘’concurrents’’, Bruno, l’organisateur nous a envoyé les palmarès des participants et je me suis amusé à évaluer quelle pourrait raisonnablement être ma place finale. Entre les Népalais probablement intouchables et quelques autres européens aux performances impressionnantes, je me vois éventuellement finir autour de la 15eme place pour 37 partants, et je me prends à rêver, sans réel espoir, d’atteindre la 10eme place. Bien sûr, l’objectif principal reste de finir et d’aller au bout de cette aventure et ce d’autant qu’à ce moment, j’ai déjà confirmé mon inscription pour l’Himal Race en Novembre et que cette inscription ne sera définitive que si ma participation à l’AMT est concluante sur mes capacités à participer à ce type de course.

 

Katmandou

 

Après un long voyage en avion, j’apprécie peu le temps passé en ville avant de prendre la route pour le lieu de départ d’un trek. A Katmandou, c’est différent, malgré la pollution et la chaleur, j’aime cette ville, son activité frénétique, ses temples hindouistes qui cohabitent avec les temples bouddhistes et de façon générale la spiritualité qui y règne. A deux jours du départ de la course, les longues flâneries à pied dans la ville sont à éviter mais je pourrai me rattraper au retour.

A l’arrivée à l’hôtel, nous avons droit à un petit briefing et puis le lendemain matin, c’est le moment de quelques formalités. D’abord un petit contrôle médical, pour vérifier que les concurrents sont en forme et aussi prendre quelques paramètres physiques dont pouls, tension et pourcentage de masse graisseuse. Là, au milieu de coureurs souvent très affûtés, je me distingue par un taux particulièrement élevé. Pas de surprise, j’ai un peu profité en hiver …

Après le contrôle du matériel obligatoire, l’après-midi est libre … enfin presque, parce que c’est le moment de finaliser le sac avec lequel je prendrai le bus pour le départ le lendemain. La définition de l’équipement obligatoire laisse quelques marges de décision, notamment sur les vêtements. La première simulation  de sac me laisse insatisfait. Le sac n’est pas excessivement lourd mais j’ai le sentiment que je peux encore gagner quelques centaines de grammes, voir plus. Je suis aussi stimulé par mon compagnon de chambrée, Mickaël, qui a une bonne expérience de ces courses avec une participation à l’Himal race. Ses avis sont précieux et petit à petit une sorte de compétition s’installe entre nous : c’est à celui qui arrivera au sac le plus léger. Pas question de remettre en question ma gore-tex et ma polaire coupe-vent qui est assez lourde. En revanche, je décide finalement de ne pas prendre en surplus une polaire plus légère qui m’aurait apporté un confort supplémentaire, notamment pour les soirées. Chaque élément non obligatoire est passé en revue. Par exemple, j’enlève l’armature en plastique du petit miroir qui fait partie du matériel obligatoire. Je diminue le nombre de barres énergétiques que je prendrai avec moi et je me reposerai sur les ressources locales. J’enlève une paire de chaussettes, un slip, un tee-shirt manches courtes (le long fera l’affaire). Côté divertissement, je garde mon lecteur MP3 mais mon livre est trop lourd. Je prends un autre livre qui est déjà entamé et, pour gagner encore quelques grammes, j’arrache et je jette les pages déjà lues. Au final, nous soupesons chacun les deux sacs et je semble avoir perdu cette petite bataille. Mickaël me met gentiment la pression mais je ne vois vraiment pas ce que je pourrai retirer et puis je n’arrive pas non plus à comprendre pourquoi mon sac est un peu plus lourd. Finalement, Mickaël s’aperçois qu’il avait oublié de mettre deux éléments dans son sac. Avec cette fois-ci un sac finalisé des deux côtés, il est bien difficile de nous départager. Match nul avec des sacs qui pèsent environ 7/8 kgs avec l’eau. Lourd pour courir mais acceptable tout de même. Cette petite séance d’optimisation de sac aura eu un autre bénéfice : me faire vraiment rentrer dans la course. Le départ de la course n’est pas donné mais avec cette petite montée d’adrénaline, je suis maintenant psychologiquement dans la course et je n’ai plus qu’une hâte : entendre le signal du départ.

 

Transfert

 

Il nous reste encore une journée de transfert en bus vers Arughat Bazaar. Si vous imaginez un transfert tranquille sur de gentilles routes goudronnées en quelques heures, vous avez tout faux. Un premier point nous met la puce à l’oreille. L’heure de départ est fixée à 8h alors que nous n’avons qu’environ 200km à effectuer dans la journée.

La sortie de Katmandou par la route qui part vers l’ouest du pays est seulement perturbée par quelques bouchons. La première moitié du parcours est plutôt bucolique et ensuite nous nous engageons sur une piste qui est en relativement bon état. Après la pause déjeuner composée d’un bon daal bhat dans une petite gargotte, ça se complique sérieusement : la piste se rétrécit, devient très sablonneuse et surtout truffée de trous plus ou moins gros. Le bus, loin d’avoir des suspensions performantes, cahote dans tous les sens et les pauvres passagers sont littéralement ballottés comme dans un shaker. Nous faisons des bons spectaculaires et la prudence s'impose pour ne pas risquer de se blesser. Ce serait vraiment trop bête de se faire mal au court du transfert d’avant course. La surprise passée, pour oublier l’envie de nous plaindre d’un tel traitement, c’est la bonne humeur qui prend le dessus. Les remarques tragi-comiques fusent et le bus progresse kilomètre par kilomètre. Finalement, Arughat Bazaar se présente et nous retrouvons la situation plus confortable de piéton pour traverser la ville et rejoindre notre lodge. Avant cela, les villageois nous font un accueil très émouvant : boisson sucrée, fleurs, marquage au dessus du nez. Ils sont visiblement heureux de nous voir traverser leur village. Avec la présence des maoïstes dans cette région, le sentier du tour du Manaslu n’était pratiquement plus fréquenté. Le calme étant revenu, le tourisme commence à repartir et notre passage est un bon signe.

Dernier soir avant le départ, veillée d’armes, pas grand chose à faire, le sac étant maintenant finalisé. La pression monte. Un petit somnifère fera l’affaire pour assurer une bonne nuit avant le grand jour.

 

3 Avril: Etape 1 ; Arughat Bazaar – Doban

 

A priori, cette étape ne présente pas une grosse difficulté par rapport à ce qui nous attends plus tard. Il y a seulement 500m de différence d’altitude entre le village d’arrivée et de départ pour une distance qui semble être proche de 30kms. Ca devrait donc être assez roulant. Seule difficulté prévue, comme nous sommes à basse altitude (450m), la chaleur devrait être pesante et donc, même si l’étape ne devrait pas être très longue, le départ est donné assez tôt, à 7h. Nous nous rassemblons sur la ligne et posons pour quelques photos souvenir avant que le départ ne soit donné devant quelques spectateurs.

Malgré mon optimisation compétitive avec Mickaël, je trouve tout de même mon sac assez gênant, même si son poids semble plutôt dans la bonne moyenne. Ca ne me semble pas évident à priori de courir avec ce boulet dans le dos. Dès le départ, j’adopte la tactique que j’adopterai tous les jours : un départ rapide qui  me mets sur les rails et ensuite, je calme le jeu. Je me retrouve donc au bout de quelques dizaines de mètres dans la tête de course mais les cadors prennent  déjà leurs distances et progressivement je suis dépassé par d’autres coureurs pour pointer finalement vers la quinzième place. Tout va bien, la fraîcheur matinale est plutôt agréable, je m’habitue rapidement au sac. Le parcours est effectivement très roulant sur une piste dans les premiers kilomètres et surtout je suis soulagé d’être enfin dans le bain. Les villageois nous regardent passer parfois interloqués mais le plus souvent très chaleureux vis-à-vis des européens fêlés qui sont venus courir dans leurs montagnes.

A la fin du premier village traversé, nous quittons la piste pour un sentier plus montagnard. Une pancarte indique le Larkya La. Cette vallée mène effectivement à ce col à plus de 5000m que nous allons franchir mais il nous reste encore 3 jours de course avant de voir poindre ce col à l’horizon ! En dehors de l’étroitesse du sentier et de la carrossabilité, c’est aussi le début de la montée. Mes sensations ne sont pas exceptionnelles dans ces premières montées : correct mais sans plus et j’ai tout de même la sensation désagréable d’être un peu scotché. Mon rythme cardiaque monte assez haut pour une vitesse ascensionnelle modeste. Le poids du sac doit certainement jouer un rôle et j’ai peut-être besoin de retrouver le bon rythme après les jours de repos pré-course et le voyage en avion.

Sans parler d’inquiétude, disons qu’au bout de 2 h de course, je m’interroge. Les petites montées se sont succédées … entrecoupées de descentes et au final, mon altimètre indique péniblement un gain en altitude de 150m alors que le dénivelé positif est déjà de 700m. L’étape prévue comme roulante commence à montrer un autre visage. Côté météo, les données changent mais là, c’était prévu : la douce fraîcheur du matin a laissé la place à une chaleur qui devient pesante et qui fait sérieusement monter la consommation en liquides variés. Heureusement, il est possible de trouver dans chaque petit village traversé des boissons sucrées, coca ou autres.

A la mi-journée, la chaleur est à son maximum, mon alti indique déjà 1000m de D+ et pourtant, je suis encore loin du but. Je surveille maintenant ma progression sur la carte et la ligne d’arrivée de Doban semble encore lointaine. Impression renforcée par les indications de temps qui sont données sur les panneaux indicateurs. Bien sur, je suis habitué à appliquer un facteur multiplicatif à ces projections de temps mais le facteur multiplicatif n’est pas mirobolant aujourd’hui. Pour compliquer les choses, je ressens des débuts de crampes dans les mollets. Sympa pour une étape roulante qui devait simplement permettre de se mettre dans le rythme … Autour de moi, les autres coureurs souffrent aussi. Certains s’en sortent mieux mais d’autres semblent accuser le coup.

Enfin, vers 13h, arrive le village de Tatopani. D’après la carte il reste une montée de 200m de dénivelé et une distance de quelques kilomètres donc probablement pas loin d’une heure de course. J’entame cette dernière portion en gérant au maximum, les départs de crampes se faisant vraiment pressants. Je bois bien sûr au maximum mais avec la chaleur, le liquide part vite en sueur. Et puis, bonne surprise, la ligne d’arrivée, matérialisée par une banderole pointe son nez plus tôt que prévu. Avec soulagement, je cours avec plaisir sur les derniers mètres pour finir cette étape. Au compteur, 1300m de D+ et 700m de descente pour 6h30 de course. Je me classe dans les quinze premiers, ce que je trouve très correct. Un peu inquiet de la tournure des événements pendant cette journée, je suis maintenant rassuré et je goûte à la joie de cette arrivée avec les coureurs qui m’ont précédé. La priorité est maintenant de récupérer au plus vite. Je me restaure avec du riz et une soupe et surtout, je ne vais pas quitter mon bidon pendant quelques heures pour boire un maximum d’eau.

Mais je n’en ai pas fini avec les inquiétudes pour aujourd’hui. Alors que je me restaure allongé sur le sol à l’ombre, on me fait remarquer que le cuir est déchiré sur le côté d’une de mes chaussures. Argh … Je savais que je partais avec des chaussures déjà un peu usées mais je ne pouvais pas supposer que la chaussure se déchirerait aussi vite ! Après réflexion et discussion, je réalise que j’ai très peu utilisé ces chaussures récemment. Le cuir s’est donc fortement asséché et il a cédé aux premières sollicitations fortes. C’est un phénomène assez classique mais le résultat est inquiétant pour ce premier jour de course. D’autant plus que l’autre chaussure est aussi touchée même à un moindre degré. Nous sommes arrivés dans un petit hameau et le lodge est vraiment très rustique mais le contrôleur de la course trouve rapidement un villageois qui peut me faire une réparation de fortune. Pour une somme modique, je récupère des chaussures rafistolées et qui devraient tenir quelques jours avec cette réparation. Deuxième ouf de soulagement de la journée.

Au fil de l’après-midi, les arrivées s’égrènent avec des visages plus ou moins marqués par la longueur de l’étape et la chaleur. Les Népalais ont trusté les premières places mais les deux népalaises, Nigma et Lhakpa ne sont pas à leur affaire. Elles arrivent bien plus tard mais, pour ces habituées de la fraîcheur des hautes altitude, un terrain plus favorable viendra plus tard. Le nombre de kilomètres parcourus fait l’objet de débats passionnés avec des estimations qui me semblent parfois très exagérées. Difficile de faire un estimation précise à partir des cartes touristiques grossières dont on dispose mais avec la carte et au feeling d’après le rythme et le temps de course, la distance semble tout de même assez proche de 40km. Pas mal pour une première étape …

Tous les coureurs sont arrivés mais quelques participants sont encore sur la route. En effet, en dehors des coureurs, des marcheurs sont aussi dans la caravane de la course. Ils et elles ont un petit traitement de faveur puisque leur affaires sont portées par des porteurs mais le parcours sur cette première étape est le même. J’ai une petite expérience des treks classiques et l’étape du jour correspond à au moins deux étapes de trek classique. Ambitieux pour des marcheurs. La caravane est heureusement rassurée de les voir arriver tard certes mais plutôt en forme et avec un moral peu atteint par cette grosse journée. Nos marcheurs sont heureusement aussi performants.

 

Relevé Polar

 

 

Etape 2 : 4 Avril ; Doban - Namrung

 

Devise du jour : chat échaudé craint l’eau froide. D’après la carte, la différence d’altitude entre le point de  départ et d’arrivée est de 1500m. Déjà pas mal, compte tenu de la distance qui est aussi supérieure à celle de la première étape. Méfiance donc, l’étape risque d’être longue. A la louche, j’estime le temps de parcours à 8h30/9h et je pars avec cette prévision en tête.

Comme hier, la fraîcheur matinale ne doit pas faire oublier que l’altitude est encore assez faible et que donc la chaleur risque d’être assez étouffante en milieu de journée. Après une départ dynamique dans la fraîcheur du lever du soleil à 6h, je me règle sur un rythme plus raisonnable. Les jambes sont bonnes et j’ai parfaitement récupéré de la journée précédente mais je ne veux pas prendre de risque pour cette journée. N’oublions pas que ces premières étapes sont avant tout des mises en jambes avant les étapes avec des cols d’altitude qui devraient être très sélectives.

La vallée est plus ouverte que la veille et c’est une bonne occasion pour profiter du paysage et oublier la course et son enjeu sportif. Après déjà 4 heures de course, mon alti indique déjà 1000m de D+ et seulement 400m d’élévation en altitude. Le syndrome montagnes russes se confirme … ou plutôt montagnes népalaises. La chaleur devient pressante d’autant que la vallée ouverte n’est guère ombragée et je gère mon rythme pour éviter de partir en début de crampe comme la veille.

A un carrefour important, le chemin part dans une vallée beaucoup plus étroite. Dommage pour la vue mais c’est tout bon pour l’ombre et je reprends du poil de la bête. Pour se frayer un chemin dans cette vallée escarpée, le sentier doit emprunter plusieurs fois des ponts suspendus. Sur l’un de ces ponts, Jean-Michel, le cameraman de la course attends le passage des coureurs. Je traverse le pont juste derrière Alain d’un bon pas de course histoire de faire un petit coup de frime. Depuis les ponts métalliques respirant la fiabilité et la solidité que nous traversions ce matin, la qualité s’est un peu dégradée. Le standard, c’est maintenant le pont suspendu avec des câbles métalliques mais des planches en bois. Au pont suivant la dégradation est encore plus significative. Pas le temps d’analyser pourquoi mais les planches sont inclinées et il faut s’agripper au câble pour le passer en marchant à peu près normalement. Espérons que la qualité des ouvrages ne va pas continuer sur la même pente…

Avant 12h, j’arrive à Deng, le point de contrôle intermédiaire de la journée. La journée semble bien se présenter et il me semble que je suis plutôt sur une base de 8h pour cette étape. Le contrôleur m’annonce que je suis à moins de 2h de l’arrivée. Hum, alléchant comme programme et je pars assez optimiste, sans prendre soin de bien m'alimenter. Erreur de débutant … Je le comprendrai plus tard mais l’indication du contrôleur est bien trop optimiste et peut-être seulement valable pour les tout premiers de la course. Dans l’heure qui suit tout va bien, j’ai encore de l’énergie à revendre et je dépasse même Jaganath, un népalais et Nigma qui font la route ensemble. J’ai la pêche mais je commence à trouver bien long ce parcours en vallée avec des montagnes russes jusqu’au prochain point de contrôle. Au bout de 2 heures, j’ai bien le point de contrôle en point de mire mais je suis sérieusement atteint physiquement : la chaleur m’a joué un mauvais tour mais surtout, comme je me suis moyennement alimenté, les batteries sont à  plat. J’arrive enfin au point de contrôle où j’essaie de reconstituer mes forces avec un coca. Mais la bête est bien atteinte et le moral n’est pas au beau fixe. Il reste entre 6 et 8km mais avec quelques lignes de niveau à franchir. Le début est plutôt tranquille et puis la montée commence. Je tente d’estimer ma distance au point d’arrivée d’après la carte mais je réalise petit à petit que c’est illusoire. La carte touristique donne plus une représentation artistique du terrain qu’une réelle description. Les trois ponts indiqués sur la carte sont rapidement franchis mais contrairement à ce que laisse penser la carte l’essentiel de la distance et du dénivelé final reste à faire. J’essaie de garder le moral en montant à mon rythme mais la puissance de la machine est bien basse et je galère. Nigma me rattrape et refuse gentiment pendant quelques centaines de mètres de me dépasser histoire de ne pas me casser le moral trop vite. Mais je suis vraiment trop lent et elle part vite devant moi. Au bout d’une heure de calvaire, je débouche enfin dans les rues du village et franchit la banderole, signe de délivrance. 9h30 de course pour 2600m de D+ et probablement une distance d’au moins 50 km. Côté classement, je pointe vers la quinzième place à l’étape et au général. Pas trop mal vu la mauvaise gestion du dernier tiers de l’étape. L’essentiel est que j’en aie fini pour aujourd’hui. Je commande vite un bon repas pour récupérer. La toilette au robinet dans un champ est vite bâclée. J’avais apprécié le jet d’eau dans la chaleur de la veille mais avec l’altitude, la fraîcheur est arrivée et la douche devient plus compliquée à assumer.

Relevé Polar

 

 

Etape 3 ; 5 Avril ; Namrung – Sama Gaon

 

Aujourd’hui, étape courte au programme ! Ah je vous imagine tous, lecteurs et lectrices, en train de sourire voir rire de mon nouvel accès de naïveté. Mais enfin, n’aurait-il pas appris après ces deux premières étapes et tomberait-il encore dans le panneau ? Non, détrompez vous, cette fois-ci, c’est du garanti, la carte même plus artistique que descriptive ne laisse aucun doute et c’est bien une étape courte qui nous attend. A coup sur moins de 20 km et trois montées qui semblent bien raisonnables.

Donc le moral est beau fixe ce matin, comme le temps. Une étape qui devrait rapidement être avalée et demain une journée de repos pour l’acclimatation à l’altitude. Des vacances !

Au petit déjeuner, mon appétit est aussi au beau fixe. Je m’empiffre de beignets bien épais.

Vers 9h, le départ est donné et je réalise tout de suite que j’ai un peu trop forcé sur les beignets. Je me sens bien mais mon sang est clairement très occupé avec les fonctions de digestion. Mieux vaut ne pas brusquer les choses au risque de mettre en danger la digestion. Ce serait dommage de rejeter ces superbes beignets.

Au bout d’une heure de course, la digestion est pratiquement terminée et je trouve en quelques minutes une forme olympique. D’une course d’attente, je passe à l’attaque et je dépasse progressivement les coureurs qui me précédent. Pour la première fois depuis le départ de la course deux jours auparavant, j’ai réellement de très bonnes sensations. Aujourd’hui je ne sens pas le sac qui m’a parfois gêné dans les deux jours précédents.

Après deux petites montées et descentes, j’entame la dernière montée qui est plus longue et je rattrape Bruno Poirier, GO de l'AMT. Une petite parenthèse pour remercier encore Bruno d’avoir inventé et mis en place ces courses au Népal. Ses performances, notamment sur ces courses par étapes sont très bonnes et je suis heureux de le retrouver pour faire la route avec lui mais je réalise rapidement que courir avec Bruno est une expérience assez inédite. On m’avait prévenu et décrit grossièrement le phénomène mais la réalité me laisse toutefois dubitatif. A première vue, sans le connaître, on ne pourrait qu’être inquiet devant son allure. Il semble puiser dans ses dernières ressources pour s’arracher et avancer. Son souffle est assez proche de celui d’une machine à vapeur entrecoupé de quelques cris qu’ont pourrait croire de douleur. En fait, tout va bien, je suppose que c’est une façon de se motiver et aussi de ventiler alors que l’altitude approche de 4000m. Je m’habitue progressivement et on fait la route ensemble jusqu’à l’arrivée dans le village se Sama Gaon, juste pour l’apéro. 3h de course, c’était effectivement une étape courte avec 1200m positif et environ 15km. Côté place, nous arrivons ensemble à la 7eme place. Belle journée, prometteuse pour la suite.

Côté anecdote, nous sommes accueillis sur la ligne d’arrivée par un groupe de trekkeurs qui campe ici et fait aussi le tour du Manaslu à un rythme classique de trek. Bien sur, notre course est hors des normes du trekking mais ils ne semblent pas choqués par notre manière de faire, ce qui n’est pas toujours le cas des randonneurs qui considèrent les coureurs comme des fous dangereux. Si on considère qu’en plus nous sommes à haute altitude, je pourrai comprendre cette réaction mais ceux-ci sont assez ouverts et l’échange est sympathique.

Après un bon repas, la douche s’impose. Il faut être très courageux pour s’asperger de cette eau glacée mais la sensation de propreté est un résultat appréciable. Avec la sieste de l’après-midi sur les matelas confortables du lodge, c’est vraiment le bonheur. Avec l’étape de repos du lendemain et l’aller-retour au camp de base du Manaslu, trois nuit belles nuits s’annoncent dans ce lodge plutôt confort par rapport aux conditions rustiques des deux premières nuits.

 

Relevé Polar

 

 

Jour de repos ; 6 Avril

 

Alors bien sûr, faire des étapes de 50km avec plus de 2000m de D+ dans les montagnes du Népal, ce n’est pas très raisonnable mais maintenant, la course entre dans une autre phase, la haute altitude. En effet, à partir de 3500m, les effets de l’altitude peuvent être rapidement dévastateurs et il est donc souhaitable de prévoir une phase d’acclimatation dans un trek à haute altitude. La règle est aussi valable pour une course et c’est donc aujourd’hui une journée de repos et d’acclimatation. Enfin, presque … Pour favoriser l’adaptation du corps, une marche d’acclimatation obligatoire est prévue aujourd’hui. Rien de très impressionnant, l’objectif est de monter à environ 4000m d’altitude sur un flanc de la vallée. 400m de D+ ne devraient pas nous épuiser.

Je suis flemmard ce matin. En général, je apprécie peu ces petites marches sans but précis mais le temps est au beau fixe et c’est aussi l'occasion de faire une petite marche sympathique avec tous les autres coureurs en discutant de tout et de rien.

Arrivés à 4000m d’altitude d’après mon alti, l’état d’esprit n’est pas vraiment à faire du surplus alors tout le monde s’arrête et prend tranquillement le soleil. Quelques minutes plus tard, Nil Gurung, le népalais directeur de la course et Bruno nous rejoignent. Il nous manquerait en fait une centaine de mètres pour atteindre effectivement 4000m. L’ambiance étant vraiment à la paresse, un gentil débat s’installe. La conclusion est que nous sommes effectivement à 4000m mais quelques motivés poursuivent et je fais partie des fainéants qui redescendent tranquillement pour aller buller au lodge.

Dans l’après-midi, le temps se couvre comme presque tous les jours et chacun se repose tranquillement. C’est l’occasion de continuer à papoter tranquillement. Malgré la composante compétition, l’ambiance est vraiment très bonne et joviale.

Enfin, une autre formalité nous attend : un petit contrôle médical pour vérifier que les paramètres sont OK : tension, rythme cardiaque et saturation en oxygène. Pas de soucis, tout le monde est apte à continuer l’aventure.

 

Etape 4 ; 7 Avril Sama Gaon – Manaslu base Camp – Sama Gaon

 

Le menu est du jour raisonnable : une petite étape en aller-retour pour aller au camp de base du Manaslu, qui domine la vallée à plus de 8000m. A priori, pas loin de 1000m de dénivelé pour une distance assez courte. Autre facteur favorable, comme nous sommes sur une étape en aller-retour, le sac est très allégé.

Sans surprise, à 7h30 heure du départ, ça part assez vite. J’essaie de participer à la fête devant mais ça va tout de même un peu vite pour moi et je calme le jeu au bout d’une dizaine de minutes. Nous arrivons au bord d’un torrent qu’il faut traverser. Le seul passage possible est assez traître. C’est une série de bloc rocheux qui semblent tenir parfaitement sauf qu’avec le froid de la nuit et l’humidité, il sont recouverts d’un fine couche de glace qui fait qu’il est absolument impossible de marcher dessus sans risquer le vol plané. Patrick a l’astucieuse idée de jeter du sable dessus ce qui nous permet de traverser sans encombres. Ensuite, il ne faut pas rater l’embranchement qui devrait nous faire quitter le chemin principal pour aller vers ce camp de base. Le briefing de Nil à ce sujet la veille avait été assez clair, il faut attendre de passer sous un portique en pierre avant de prendre à gauche. Les coureurs népalais, qui sont comme tous les jours devant, décident de piquer à gauche dès le torrent traversé. Ca ne semble pas vraiment correspondre aux instructions mais au moins au début, le sentier semble visible et puis on fait tous confiance aux autochtones. Mais rapidement tout le monde déchante, le petit sentier initial a vite disparu et toute la troupe des coureurs se retrouve en pleine cambrousse à essayer de traverser péniblement les fourrés pour essayer de retrouver un sentier qui est forcément sur la droite. Sur le moment, personne ne trouve ça très drôle mais le soir venu, cette troupe de sangliers errants lamentablement dans la brousse nous fera tous rire. Des petits groupes de coureurs se forment avec des options différentes. Ca crie dans tous les sens et chaque petit sentier à yack un peu marqué nous donne l’espoir d’avoir retrouvé LE chemin.

Après une bonne demi-heure dans ce merdier, nous retrouvons le sentier et son confort. Là c’est un autre sport, la montée est raide et à 4000m, les effets de l’altitude se font significativement sentir. Je ne me débrouille pas trop mal et j’arrive à prendre la tête du deuxième groupe, Régis et les Népalais ouvrant la marche comme d’habitude. Les sensations sont bonnes et j’apprécie cette première montée au dessus de 4000m. J’arrive à me rapprocher de deux népalais qui sont à quelques dizaines de mètres devant. J’ai même l’impression que je vais les rattraper mais je fais connaissance pour la première fois avec leur manière de monter assez inattendue. Dans cette montée raide, ils avancent assez  vite pour s’arrêter un petit moment dès qu’ils sont essoufflés et reprendre plus tard de plus belle. Pour le poursuivant, il y a de quoi se mettre le moral en l’air. On a régulièrement l’impression d’être sur le point de les rattraper mais à chaque fois, ils repartent comme des bombes …

Après un peu moins de 2h de course, nous arrivons au sommet. Le camp de base du Manaslu est plus haut dans la pente mais avec la neige qui est présente, les ouvreurs de la course ont préféré judicieusement arrêter la montée ici. Après l’arrivée au sommet, notre petit groupe prend le soleil et fait quelques photos. Non, nous n’avons pas complètement oublié l’enjeu de la course mais pour nous permettre justement d’apprécier la vue sur le glacier, le Manaslu et la vallée, le temps passé au sommet est neutralisé et chacun choisit le moment pour déclencher le chrono et entamer la descente quand il le souhaite.

Malgré le soleil, la température est plutôt fraîche et avec le vent on se refroidit assez rapidement. Bien reposé, je reprends donc la descente tranquillement et j’encourage les derniers coureurs qui en terminent avec l’ascension. Malheureusement, ils ont une mauvaise nouvelle à m’apprendre. Christine a chuté sur le passage délicat du torrent et s’est fait mal à l’épaule, probablement une fracture.

Je descends tranquillement et en arrivant au lodge. On me confirme que Christine doit être rapatriée en hélicoptère. Les docteurs de la course ont fort à faire aujourd’hui. Ils ont consulté dans la journée une femme népalaise bien mal en point. Elle est enceinte mais malheureusement, elle a eu une crise d’épilepsie qui a tué l’enfant. Sa seule chance de survie est une opération qui permettra d’extraire le cadavre de l’enfant. Nous sommes en pleine montagne, à quelques jours de marche du premier dispensaire et il faut absolument qu’elle puisse prendre l’hélicoptère de rapatriement de Christine qui l’amènera à Katmandou. Nous voyons arriver l’hélicoptère dans le fond de la vallée et les médecins reviennent soulagés. A force de persuasion, ils ont réussi à convaincre l’équipe de l’hélicoptère d’embarquer la femme népalaise alors que l'équipe de secours refusait initialement. Ouf, mais cet épisode nous rappelle que la vie dans ces montagnes est extrêmement dure et que la vie peut ne tenir qu’à un fil. Sans l’accident de Christine, cette femme serait probablement morte.

Après cette courte étape matinale, l’après-midi est consacrée au repos. Je suis satisfait d’avoir progressé au classement pour entrer dans les dix premiers mais, comme les autres coureurs, mon esprit est maintenant dirigé vers l’étape du lendemain. L’étude de la carte ne laisse aucun doute. En dehors du fait que nous passons le Larkya La à 5200m d’altitude et donc notre premier col, au jugé, la distance semble proche de 55km avec une descente extrêmement longue après le col. Ca promet … Pour réduire le temps de parcours jusqu’à Dharapani, les marcheurs et quelques coureurs parmi les moins rapides vont passer la nuit à Samdo, environ 8km plus loin. Autre incertitude pour demain : les conditions de passage au col. L’étape du matin nous a permis de voir que la neige est présente assez bas et on peut donc s’attendre à passer le col dans la neige. Pour ne rien arranger, il se met à pleuvoir en fin de matinée et c’est limite neige quand la nuit tombe. Donc, il neige au col … Bon, si il faut en plus se taper 30cm de neige profonde pour passer le col et ensuite 40 km de descente, ça va être coton cette histoire… Chacun révise le fonctionnement de ses crampons 6 pointes qui se posent sur nos chaussures. A priori, il n’y a pas de pente très raide mais, sait-on jamais, mieux vaut ne pas passer une demi-heure à merdouiller pour mettre ces crampons.

Le briefing du soir est très suivi. Il y a comme de l’angoisse dans l’air. Une nouvelle nous rassure. L’instituteur de Bimtang, un hameau de l’autre de côté du col a traversé le col aujourd’hui, apparemment sans encombre. Son temps de parcours semble simplement confirmer que l’étape de demain sera très longue.

Le départ du lendemain sera donné à 3h, alors je me couche très tôt et je prends un petit somnifère pour m’assurer une bonne nuit avant cette étape qui promet …

 

Relevé Polar

 

 

Etape 5 : 8 Avril ; Sama Gaon - Darapani

 

Réveil dans la nuit fraîche et départ tranquille. Une fois n’est pas coutume le départ est neutralisé. En effet, nous repassons par l’endroit où Christine a chuté hier et avec la nuit, il vaut mieux éviter de susciter des vocations d’acrobates. Donc, départ en groupe et passage prudent du torrent. Quelques minutes plus tard, le vrai départ est donné mais contrairement à l’habitude, même les premiers partent prudemment. L’étape est longue et il est important de se ménager en attendant que le jour se lève. Le début de cette étape dans la vallée est un faux plat facile où les coureurs trottinent tranquillement.

Vers 5h30, le jour se lève et nous arrivons à Samdo qui marque le début de la montée vers le Larkya La. Depuis 4 jours, nous parcourons la vallée avec perpétuellement l’indication du Larkya La, enfin, nous y arrivons.

L’étape a maintenant vraiment commencé. Les premiers ont pris le large et je m’insère dans le deuxième groupe. Je ne me trouve pas des sensations exceptionnelles mais visiblement je m’en sors pas trop mal par rapport à mes compagnons. Et puis, il est vrai que je suis peu habitué à monter un col à 5200m avec un sac de 8kg dans le dos.

La pente se fait plus douce dans la vallée et nous arrivons à Dharmashala, premier point de contrôle. Deuxième modalité particulière de la journée, pour éviter que les coureurs ne poussent dangereusement la machine dans ce premier col d’altitude, le temps est neutralisé entre ce point de contrôle et le col. C’est donc en rando chronométrée qu’on se dirige au col après une bonne pause au soleil. Je repars tranquillement avec Bruno, Jean-Marc, Patrick et Yvon. Nous convenons d’avancer tranquillement mais rapidement le groupe s’effiloche. Nous frisons maintenant avec les 5000m d’altitude. La montée vers le col n’est pas très difficile mais très longue. Nous marchons maintenant sur la neige mais heureusement la couche est peu épaisse et de toute façon déjà tassée par d’autres passages. Le paysage blanchi est grandiose (voir la page 22 du numéro de Juillet d’Endurance Mag). Avec la réverbération, je m’arrête pour enlever une couche et je ne vois arriver que Jean-Marc du groupe initial. Chacun gère l’altitude à son rythme.

A l’approche du col, je rattrape au fur et à mesure les marcheurs qui sont partis de Samdo. Certains ont visiblement quelques difficultés avec l’altitude. Ca progresse lentement mais sûrement. Après plus de deux heures de marche plutôt agréable dans cette large vallée, j’arrive enfin au col où m’attends un contrôle. J’ai une petite discussion réglementaire avec le contrôleur. En théorie, le chrono est déclenché à notre arrivée au col mais il suffit de s’arrêter officiellement 10m avant le col pour que le chrono ne se déclenche pas. Donc, il faut de toute façon déclencher au départ. Je me suis assuré de cette interprétation avec Bruno à la pause de Dharmashala mais j’ai toutes les difficultés du monde à convaincre le contrôleur pendant la pause que je prends au col. La vue est grandiose, je suis encore en bonne forme. Tout va donc bien même si je redoute la longue descente qui nous attend.

Je repars du col avec Jean-Marc arrivé peu de temps après moi. Le début de la descente dans la neige est assez technique. C’est un peu raide et il faut tout de même éviter de partir en glissade très rapide au risque de percuter un caillou. Je retrouve le groupe de trekkeurs rencontrés à l’arrivée de Sama Gaon, qui viennent de franchir le col et qui pique-niquent tranquillement. Je prends le temps de papoter un peu et je repars pour arriver sur Jean-Michel qui se tient prêt avec sa caméra. On papote un peu et je lui dit que je gère tranquillement la descente qui s’annonce longue. Jean-Michel me demande de répéter ce que je viens de dire devant la caméra. Sympa mais du coup, j'ai du mal à retrouver la spontanéité du discours.

Enfin sorti de la neige, je retrouve un terrain truffé de pierres et blocs rocheux. C’est assez pénible mais je m’en sors pas trop mal et j’ai perdu Jean-Marc de vue. L’épreuve des blocs a une fin et j’arrive à Bimtang, le point de contrôle suivant après déjà 1h30 de descente. Le hameau est parfaitement placé au milieu d’une petite plaine verte où on serait tenté de faire un foot. Il est maintenant midi et la chaleur est montée. Je profite de la pause pour m’abriter à l’ombre et me restaurer d’une soupe de nouilles accompagnée d’un coca. Un plein d’énergie dont j’ai besoin parce que la route est encore longue. 3h jusqu’à Dharapani m’annonce le contrôleur. Ca me semble assez réaliste. J’ai déjà 9h de course dans les pattes mais j’ai encore un peu d’énergie pour faire cette longue distance.

Après le village, le chemin débouche dans une immense moraine très impressionnante. Les forces de la nature à l’œuvre. Sorti de la moraine, je retrouve la forêt à l’ombre bienfaisante. Je surveille mon avancée sur la carte. C’est effectivement long mais la prévision de 3h semble plus ou moins se confirmer. Heureusement, j’ai encore les jambes pour courir à un bon rythme sans trop me forcer. Je croise parfois des paysans qui me regardent toujours passer avec un grand sourire. Vers 14h30, je commence à douter sérieusement de mon arrivée après 3h de descente comme prévu au dernier contrôle. Je ne suis pas loin du dernier point de contrôle mais Nil a annoncé encore 45mn après ce dernier point au briefing d’hier.

J’arrive au point heureux d’en avoir presque fini et je rate presque le contrôle en voulant dépasser un cheval qui est dans la rue. On se calme …

Alors que je comptais sur une fin de parcours 100% en descente, il faut encore monter quelques raidillons après Tilje. Là, je commence à en avoir ma claque. 3h30 depuis Bimtang, on va dire que la prédiction n’était pas trop inexacte mais j’en ai marre. Enfin, je suis dans la dernière descente et soudain, une douleur se déclare dans l’un de mes mollets. Aie … En fait, rien de grave, mais ça ressemble fort à un réveil de la petite élongation que je m’étais faite un mois avant la course. L’alerte est sans conséquence mais je vais devoir être prudent.

J’oublie cette alerte en entrant dans Dharapani. Après un dernier pont suspendu, c’est enfin le lodge. Grosse journée, mais je suis heureux d’en avoir fini avec cette étape. 1900m de D+, 3300m de D- et probablement 55km pour 13h de course. Côté classement, c’est satisfaisant. Seuls Régis et les coureurs et coureuses népalaises sont arrivés et il est 16h. Avec Régis, nous convenons qu’on peut s’attendre à des arrivées très tardives … Au fil des minutes, l’inquiétude monte. Enfin Bruno arrive vers 17H. Il est très inquiet, quelques coureurs ont eu de grosses difficultés au col et même des débuts de mal de l’altitude. Les nouvelles ne sont pas rassurantes et on peut penser que de nombreux coureurs n’arriveront pas avant la nuit.

Très courageux, Bruno et Régis décident de repartir vers Tilje, le dernier point de contrôle pour éventuellement arrêter certains coureurs et surtout les regrouper pour la dernière descente où il y a un petit point assez dangereux (20cm de côté et c’est le grand saut dans le vide). Juste avant que la nuit ne tombe, Jean-Marc arrive. 10 coureurs sont donc arrivés sur 37 …

L’attente continue et je vois deux lampes dans la dernière descente et je vais à leur rencontre pour leur indiquer le chemin pour franchir les deux derniers ponts. C’est Bruno et Magali, heureux de me voir arriver alors qu’ils jardinaient pour trouver le pont. Je ne vois plus de lampe et, pensant qu’après eux, les coureurs seront regroupés et accompagnés, je retourne au lodge. En fait, quelques arrivées continueront pendant la soirée et finalement Régis et Bruno nous rejoignent. Bruno accuse le coup: 14 coureurs sur 37 sont restés quelque part sur le chemin. On peut supposer qu’ils ont trouvé un gîte dans l’un des hameaux qui précédent le dernier point de contrôle mais c’est sûr qu’il y a de quoi être inquiet. L’étape était vraiment monumentale et elle restera dans les annales de l’AMT. Il est bien entendu hors de question de repartir le lendemain matin alors que tous les coureurs ne sont pas arrivés. La journée de demain sera donc une journée de repos pour regrouper la troupe. L’étape en aller-retour deux jours plus tard est annulée.

Relevé Polar

 

 

9 Avril ; Jour de repos

 

Pas grand-chose à faire aujourd’hui si ce n’est d’abord accueillir les coureurs arrêtés dans la nuit qui arrivent progressivement. Finalement pas de problème, tout le monde arrive à bon port. Seul vrai point noir, Marco a eu un vrai mal d’altitude au col et il est préférable pour lui d’arrêter la course là puisqu’il reste encore deux cols à passer. Il devra prendre le chemin de la vallée le lendemain.

La journée de repos permet aussi de mettre calmement à jour le classement général. Et ce n’est pas une mince affaire, il faut tenir compte des temps de passage au début et à la fin de la neutralisation pour calculer le temps de parcours officiel. Les coureurs népalais sont visiblement déçus du résultat final. C’est vrai qu’ils sont arrivés largement avant le reste du peloton mais ils ont en fait tenu assez peu compte de la neutralisation pour continuer plus ou moins sur le même rythme et donc le temps gagné en absolu sur cette portion ne se retrouve pas dans le classement. De mon côté, ma bonne  performance de la veille me permet de pointer à la 7eme place. Je suis très agréablement surpris mais je doute fort de me maintenir à cette place. Jean-Marc pointe seulement à une quinzaine de minutes derrière et d’autres coureurs sont à moins d’une heure. Mais c’est bon pour le moral, d’autant que je ne ressens pas trop de l’étape de la veille. J’en profite aussi pour continuer la lecture de mon livre et gagner un peu de poids. Chaque groupe de pages lues est jeté à la poubelle. Je sème les mots à tous vents.

 

10 Avril : Etape 6 ;  Dharapani - Naar

 

Autre bonne raison de retarder cette étape d’un jour pour laisser la troupe se regrouper, c’est loin d’être une étape de transition. Pas de col d’altitude à passer mais tout de même une arrivée à 4000 pour un départ à 1900, donc au minimum 2100m de dénivelé positif et probablement significativement plus avec le petit jeux des montagnes russes dans la vallée que nous allons emprunter.

Départ à 7h30 devant les trekkeurs du Larkya La qui nous ont rattrapé hier. Ca part tout de suite assez vite sur une portion pas trop raide où il est parfois possible de courir. Je suis avec Magali et les deux népalaises sont juste devant mais se battent pour nous maintenir à distance à la manière népalaise : un bon coup d’accélération et puis un ralentissement et on recommence. Toujours aussi démoralisant.

Dans une petite descente, la douleur à mon mollet se réveille douloureusement. Cette fois ci, je réalise tout de suite que c’est sérieux : la douleur est vraiment vive. En quelques minutes, je fais le bilan et il est très moyen. Pour les montées, ça va à peu près mais je dois prendre garde à ne pas trop tirer en flexion et donc les montées avec des petites marches sont les bienvenues. Sur le plat, la course est difficile et de toute façon assez lente. Pour les descentes, ça peut aller mais il faut que je soit très prudent. Globalement, je dois baisser sérieusement le rythme et un bon nombre de coureurs me dépassent. Le moral est au plus bas mais je pense tout de même pouvoir continuer à ce rythme. Je devrais pouvoir gérer aujourd’hui pour arriver en limitant les dégâts et le parcours très accidenté des dernières étapes devrait être favorable. En tout cas, la défense de ma place n’est plus d’actualité et pour l’instant, je dois avant tout songer à aller au bout de la course sans encombres.

Au point de contrôle de Koto, après 2 heures de course, nous quittons le sentier très fréquenté par les trekkeurs du tour de l’Annapurna pour nous engager dans la vallée très encaissée qui nous mène à Naar. Je passe juste devant Alain et je me fixe l’objectif de le suivre sur la suite du parcours. En fait, contrairement à ce que je pensais, il ne me rattrape pas et c’est vrai que la douleur est moins vive. J’ai maintenant bien intégré cette blessure dans ma façon de courir.

Comme prévu, le parcours est loin d’être régulier dans ce défilé rocheux. C’est une succession de petites montées et descentes. Globalement, l’altitude augmente mais … lentement. C’est long. Même si j’apprécie moyennement de courir sans une vue dégagée, mon moral retrouve quelques couleurs d’autant que je remonte aussi sur Jean-Pierre.

Avant le village de Meta, le chemin remonte assez sévèrement dans la pente et je m’aperçois qu’avec ces soucis, j’ai négligé mon ravitaillement depuis le départ. Le niveau de ma réserve d’eau est aussi au plus bas. Nil avait pourtant signalé la veille qu’il y aurait peu de points d’eau sur le parcours. Un petit torrent descend sur le côté mais l’eau semble assez boueuse et j’espère trouver de l’eau à Méta. Arrivé en haut de la crête, nous avons le choix entre deux chemins. L’un part à flanc de coteaux et c’est celui qui est le plus économique. L’autre part dans une montée douce vers le village de Méta. Réflexe habituel, je prends le chemin le plus facile. Erreur parce que je n’y trouve pas le point d’eau attendu. J’aurais dû pour cela aller vers le village. La situation commence à être critique, je n’ai plus d’eau et le soleil tape assez fort. Heureusement, je suis assez proche de Jean-Pierre qui gentiment me cède quelques décilitres d’eau qu’il a en abondance. Sauvé …

Pratiquement toute la fin du parcours est maintenant visible. Une petite descente à flanc de coteau pour prendre une passerelle au dessus d’une gorge très profonde puis la dernière montée vers Naar, dernière difficulté du jour. Last but not the least, 700m de dénivelé pour une arrivée à 4000m. Avant le début de la montée, je redoute de galérer dans cette dernière montée. Le temps s’est couvert, ce qui m’arrange et j’ai deux coureurs en point de mire devant moi pour me motiver. Alors tant bien que mal, je parviens à Naar après une étape de 8h30 et 3000m de D+. Le classement est moyen et j’ai perdu un peu de temps sur mes concurrents directs mais je suis tout de même satisfait d’avoir limité les dégâts et je gère maintenant sans trop de problèmes ma blessure au mollet.

Quelques minutes après mon arrivée, un peu de neige se met à tomber et après un bon repas, je me réfugie rapidement dans mon duvet.

Les arrivées s’égrènent et les derniers arrivent à la tombée de la nuit. Heureusement, les marcheurs et quelques coureurs ont choisi de shunter cette étape pour poursuivre par le tour normal de l’Annapurna.

Relevé Polar

 

 

11 Avril : Etape 7 ; Naar, Manang

 

Une étape comme je les aime pour aujourd’hui : montée au col du Kang La à 5300m suivie d’une descente et d’une portion de plat. Pas forcément très long mais sélectif.

Le départ est donné alors que le jour se lève à 5h30 du matin. Départ moyennement rapide et je me place comme d’habitude dans le deuxième groupe. Le début de la montée se fait sur un faux plat plutôt roulant. Au niveau de la mer, ça serait courable mais avec l’altitude et le sac, la marche s’impose. Au bout d’une heure, les choses sérieuses commencent et la montée se fait plus rude. Nous trouvons rapidement la neige. La couche est plus importante qu’au Larkya La. Heureusement, la trace a déjà été faite et la progression est plutôt aisée.

J’arrive au sommet en compagnie de Jean-marc en 6eme position. Le paysage est grandiose, c’est le bonheur. Une petite pause ravito et photos et nous repartons rapidement dans la descente. Le début dans une pente de neige assez raide est assez délicat mais sortis de la neige, ça roule. La descente jusqu’à Ngawal est un peu longue et il y a quelques doutes sur le chemin. En effet, nous savons qu’il faut partir ensuite sur la droite dans la vallée mais la descente se poursuit sur la gauche. Les népalaises qui m’ont rattrapé semblent douter. ‘’Wrong way’’ me disent-elles. Un petit coup d’œil sur la carte, mais l’option semble bonne et effectivement, un peu plus tard, nous arrivons à Ngawal. Le temps d’enlever une couche avec la chaleur qui est revenue, et je repars pour le dernier tronçon avec une très légère montée vers Manang. A la sortie du village, je vois Bruno débouler d’un champ. Il a choisit une option plus directe et c’est vrai que de manière générale, il descend comme un boulet.

Il est maintenant 10h du matin et il reste au maximum 8kms faciles pour rejoindre l’arrivée. C’est donc une étape relativement courte et la perspective de buller toute l’après-midi me donne le moral. J’arrive même à trottiner assez facilement sur les portions de plat. Le mollet est à peine douloureux. Nous avons rejoins le parcours normal du tour des Annapurnas et je dépasse régulièrement des trekkeurs interloqués de nous voir courir sur ces sentiers.

A 11h, je coupe la ligne d’arrivée, très satisfait de cette belle journée. Malheureusement, elle s’est très mal terminée pour Régis. Dans la fin de la descente, il s’est violemment tordu la cheville et vu qu’elle à doublé de volume, c’est sans aucun doute une entorse très grave qui va le contraindre à l’abandon et au rapatriement par hélicoptère le lendemain. Le seul coureur européen qui arrivait à rivaliser avec les népalais nous quitte avec la tristesse de ne pas pouvoir aller au bout.

Changement de régime pour le repas, pour une fois, pas de soupe de nouilles ni de Dal Baat, mais un délicieux steak de Yack grillé à la poêle avec des frites. Un bonheur. Je profite aussi de l’après-midi pour aller faire rafistoler mes chaussures auprès du cordonnier local qui guette au bord du chemin les trekkeurs qui auraient besoin de ses services.

Relevé Polar

 

 

12 Avril : Etape 8 Manang – Tilicho Base Camp

 

C’est une petite étape aujourd’hui et le départ est prévu à 10h. Avec le rythme habituel, nous sommes nombreux à être déjà levés avant 7h et à apprécier un avant goût de petit déjeuner dans une des boulangeries du village. Au menu, un chocolat chaud mais surtout des pâtisseries énormes et délicieuses. Très bon pour le moral mais l’estomac n’est plus habitué à ce traitement et la digestion est longue.

Notre départ constitue l’attraction du jour et quelques trekkeurs nous regardent partir. Une fois de plus, nous quittons le parcours classique du tour des Annapurna pour aller vers le lac Tilicho, qui s’étend à 5000m d’altitude. Aujourd’hui, c’est seulement au lodge du base camp à 4000m que nous allons. L’étape est courte et ça part bien évidemment vite. L’objectif pour moi est de défendre ma place. Avec l’abandon de Régis, je suis maintenant 6ème mais Jean-Marc ne pointe qu’à 12 minutes de moi. Dans la montée, il est un peu plus rapide mais j’arrive à gérer et je chronomètre de temps en temps l’écart qui se limite à une minute.

Sur la fin du parcours, nous arrivons dans une zone assez lunaire dans de petits éboulis. C’est superbe mais il faut rester prudent, la pente est raide et il est préférable d’éviter de partir en glissade.

A l’arrivée, j’ai finalement perdu deux minutes sur Jean-Marc dans cette étape courte mais avec tout de même 900m de D+. Il me reste donc un capital de 10 minutes. La dernière journée va être disputée.

 

 

 

13 Avril : Etape 9 Tilicho Base Camp - Jomsom

 

Deux départs sont prévus pour cette étape. Les marcheurs et les coureurs les moins rapides partent à 3h et les autres devraient partir à 4h. Avec les retards classiques sur ces départs très matinaux, nous décollons à 4h30. Le rythme est très rapide. C’est le dernier jour, chacun jette ses dernières forces dans la bataille et souhaite finir en bouquet final pour le dernier passage à plus de 5000m. Au bout de 15 minutes de ce rythme infernal (600m/h à 4000m …), je décide de ralentir pour me ménager tout en gérant le petit écart qui se creuse avec mes concurrents directs. A ce moment, je repense au tour de France que je regardais dans ma jeunesse et à la gestion de Bernard Hinault. Il était souvent distancé dans les premiers kilomètres des cols mais revenait tranquillement à son rythme. J’espère pouvoir l’imiter à mon modeste niveau.

Au lac Tilicho, le jour s’est maintenant levé et le panorama sur le lac est grandiose même si il est en grande partie gelé. Gelés, nous le sommes aussi et la température glaciale a fait geler l’eau dans le tuyau de mon réservoir d’eau. Heureusement, j’arrive tout de même à extraire un peu d’eau de mon bidon. Sur le replat à côté du lac, je poursuis mon effort et petit à petit, je rattrape les coureurs qui m’avaient distancé. Au check point du col intermédiaire, je suis revenu dans les dix premiers et je me sens en pleine forme.  Je continue sur ce rythme et je dépasse Jaganath qui était ce matin à dix minutes devant moi au général.

Au lieu d’emprunter le passage classique du Mesokantu La qui est réputé assez raide, nous allons vers un autre col plus haut mais plus facile à descendre surtout compte tenu de la neige dans laquelle nous marchons depuis le lac.

Après une longue traversée, j’arrive au col avec Bruno, en 5eme position. Et c’est aussi ma place virtuelle au classement général à ce moment. Si je garde l’écart sur Jaganath et si je reste avec Jean-Marc qui arrive bientôt au col, je finirai à une place absolument inespérée. Après une pause de quelques minutes pour apprécier le panorama inoubliable, je pars dans la descente qui est délicate sur le début dans la neige. Jomsom, qu’on aperçois au loin dans la vallée, semble bien loin. Je fais la descente avec un petit groupe qui prend un rythme raisonnable. Et soudain, ça s’emballe, Nigma et Lhakpa accélèrent sérieusement. Je me demande bien pourquoi elles ont soudain passé la vitesse supérieure. Je me retourne, je vois Magali et tout s’explique. La concurrence pour le classement général féminin. Tout le monde à emboîté le pas mais le cheminement n’est pas facile. Nous sommes passés par un col peu emprunté et il n’y a pas de chemin tracé. Il faut plus ou moins naviguer à vue en fonction du briefing d’hier et de la carte. Et justement, nous arrivons à un point crucial. C’est le petit replat à côté d’une crête. Nous avions l’instruction précise de ne pas prendre le chemin vers cette crête et nous ne suivons pas les coureurs népalais qui s’y sont engagés. En revanche, le chemin que nous devrions prendre à droite est loin d’être clair. Alors nous prenons le chemin qui s’engage dans le petit vallon. Au début, ça se présente bien mais nous arrivons dans une pente raide qui mène à un torrent qui descend doucement. Ca ne sent pas très bon et on a clairement quitté le chemin normal mais il nous semble qu’il sera possible de retrouver le chemin en suivant le ruisseau. Plus tard, nous retrouvons les népalais qui ont empruntés la crête et sont finalement descendus dans le vallon. Nous formons un groupe de 7 coureurs. En remontant sur les hauteurs, nous avons réussi à retrouver un semblant de chemin. Malheureusement, c’est un leurre. En continuant la descente, nous aboutissons sur un cul de sac. Seul Bruno, devant, parviens à passer au prix d’une chute assez dangereuse. C’est un plan galère. Alors, je décide de repartir seul sur la crête pour retrouver le chemin que nous voyons en face. Solution sure mais longue … très longue. Une heure de montée pour retrouver ce foutu chemin.  Je suis revenu sur les rails mais l’erreur d’aiguillage m’a coûté un temps énorme. J’ai probablement perdu quelques places dans cette galère. Le moral est à zéro, je gamberge et je ne suis guère motivé pour aller vite dans cette descente. Pour ne rien arranger, je suis au bord de la fringale et il y a un énorme vent de face. Ras le bol !

J’arrive à Jomsom complètement épuisé après presque 12 heures de course. J’ai à peu près perdu 2 heures dans cette affaire et je pointe maintenant à la neuvième place au général. Dommage, mais je parviens tout de même à garder ma bonne humeur pour prendre une bière avec mes collègues. J’aurais en fait dû rester avec le petit groupe au moment où je suis remonté seul. Ils ont finalement réussi à trouver un bon passage pour retrouver le chemin et sont arrivés une heure avant moi.

Relevé Polar

 

 

Bilan

 

Il est positif. Une grande expérience dans ces superbes montagnes du Népal. Même avec l’incident d’orientation du dernier jour, je finis à une place inespérée sachant que la 5eme place était à ma portée. De quoi me rassurer avant l’Himal Race en Novembre. Et vu le menu très copieux qui nous attend, en gros 2,5 fois l’AMT2007 avec du portage important sur le dernier tiers, il n’y a pas de quoi être rassuré. Je finis cet AMT2007 tout de même assez épuisé avec 3kg en moins, ce qui est sur ce point une bonne nouvelle mais j’aurai peut-être du mal à suivre ce régime sévère pendant 3 semaines de course. A voir. En attendant, j’ai tout l’été pour me préparer. Rendez-vous donc en Novembre pour une course qui promet d’être d’anthologie.